Opinion publique (L')

Réalisé par Charles Chaplin (1922)

Drame, Muet
Opinion publique (L')
Durée 82 minutes
Sortie 30/11/1922
Note 5/10

Malheureuse auprès de son père dans un petit village français, la jeune Marie St. Clair rêve de partir à Paris avec Jean, son amant. La veille de leur départ, Marie est mise dehors et les parents de Jean ne l’acceptent pas non plus chez eux. Le couple décide alors de prendre le soir même le train vers la capitale. De passage chez lui pour faire sa valise, Jean est retenu par la mort subite de son père et Marie, ignorante de la véritable raison de son retard, partira seule. Un an plus tard, elle fait partie de la haute société grâce à son alliance avec Pierre Revel, le plus riche et le plus convoité des célibataires parisiens. Par hasard, elle rencontre Jean, monté à Paris avec sa mère pour tenter sa chance en tant qu’artiste.

La critique

Par Tootpadu 25/10/2012

Dur, dur de s’appeler Charles Chaplin quand on veut s’affranchir à tout prix de l’ombre envahissante de Charlot. Le génie du cinéma comique n’a sérieusement tenté de faire abstraction de son alter ego mythique qu’à deux reprises, chaque fois avec un piètre résultat. Même dans les films de la dernière partie de son illustre carrière, il a toujours procédé à une mise en abîme de sa propre image, de ce vagabond désormais vieux et assez gros qu’il a peut-être justement malmené dans des films comme Monsieur Verdoux et Un roi à New York pour mieux se venger de l’influence incontournable de ce monument du cinéma. Comme dans la misérable Comtesse de Hong Kong, il a tenté en vain de rompre avec son héritage filmique, au point de mettre d’emblée en garde le spectateur que L’Opinion publique n’aura rien à voir avec ses œuvres précédentes.
Car si le nom de Chaplin n’y était pas attaché, ce mélodrame ennuyeusement conventionnel aurait sans doute été jeté aux oubliettes, comme bon nombre de films muets qui n’ont pas su résister à l’épreuve du temps. L’histoire y est des plus ordinaires, avec cette ascension sociale dans la grande ville qui ira in extremis de pair avec le retour au bercail d’un altruisme exemplaire. Longtemps avant que l’épilogue hautement artificiel ne vienne discréditer complètement le film, les étapes successives de l’amour tortueux entre Marie et Jean auront eu raison de notre patience. Même en tant que construction triangulaire dont aucun des participants n’est réellement dupe des défauts de l’autre, le récit tient à peine la route, tant la mise en scène de Charles Chaplin est d’une sagesse lénifiante.
Il existe certes deux ou trois séquences où l’adresse narrative du réalisateur ose s’exprimer par des balbutiements peu convaincants. Mais celle de l’oiseau à l’odeur pestilentielle qui est vanté comme une délicatesse et celle de la masseuse qui doit écouter tous les commérages des femmes-parasites de la haute société tombent invariablement à plat, avant que leur raison d’être ne devienne clairement perceptible. Autant dire qu’entre les deux chefs-d’œuvre Le Kid et La Ruée vers l’or, le maître s’est fourvoyé dans un exercice de style dans lequel on le sent point à l’aise.

Revu le 24 octobre 2012, au MK2 Bibliothèque, Salle 9

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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