Hara-kiri

Réalisé par Masaki Kobayashi (1963)

Drame
Hara-kiri
Durée 133 minutes
Sortie 24/07/1963
Note 7/10

En 1630, l’ancien samouraï sans maître Tsugumo frappe à la porte du clan Ii. Condamné à la misère par les temps de paix qui courent, ce rônin demande la faveur de se suicider selon les règles de la tradition dans le jardin de la résidence. Les autres clans, sollicités auparavant de la même façon par des guerriers pauvres, s’étaient défaussés de ces mendiants par le biais d’une aumône. L’intendant du clan reçoit Tsugumo tout en le mettant en garde qu’il n’est pas question de revenir en arrière. Pour s’assurer de ses intentions, il va jusqu’à lui raconter l’histoire du jeune samouraï Chijiwa, qui s’était également présenté il y a quelque temps auprès du clan pour faire hara-kiri.

La critique

Par Tootpadu 11/09/2012

De Bryan Singer (The Usual suspects) jusqu’à Quentin Tarantino (Kill Bill), en passant par le remake récent de Takashi Miike, ce film de samouraï magistral a laissé une empreinte durable dans l’Histoire du cinéma. Et pour cause, puisque Hara-kiri dégage une intensité remarquable au cours d’un récit, qui mélange savamment l’austérité et la sophistication narratives. Bien plus qu’un simple film de sabre, il a toutes les caractéristiques d’un conte intemporel, dont les dures vérités sonnent aussi justes de nos jours qu’il y a un demi-siècle.
Sa dimension sociale est ainsi la première qualité du film. La nécessité qui pousse Tsugumo à solliciter l’assistance du clan résonne particulièrement dans notre époque en crise, où la dignité de l’homme est de plus en plus soumise au prix à payer pour pouvoir assouvir ses besoins élémentaires. De prime abord, le protagoniste ne paraît pas orgueilleux, mais simplement las de vivre dans des circonstances historiques qui ont jeté sa profession à la décharge des choses qui n’arrivent pas à suivre le progrès. Ironiquement, c’est la paix qui provoque le malheur et les pulsions d’autodestruction et non pas un conflit armé, qui répondrait, lui aussi, à sa propre logique sanglante. Toujours est-il que ce maillon faible d’une civilisation en pleine évolution s’échoue misérablement devant la porte d’une des dernières bastions de la noble éthique des samouraïs.
Or, la rigidité des traditions est assez vite démasquée comme le cérémoniel cruel qu’elle est la plupart du temps. L’intendant et ses hommes ont beau agir par respect des règles et idéaux de leur caste, la pureté de leur pensée se pervertit irrémédiablement, dès qu’elle s’attaque à l’humanité désarmante de Chijiwa. La mise en scène de Masaki Kobayashi emprunte un chemin comparable, à travers le choc initial du suicide bestial, qui pèse sur la suite de ce récit romanesque. En juxtaposant avec une assurance formelle considérable l’action et le calme, les plans dépouillés et les portraits d’hommes poussés dans leurs derniers retranchements, elle atteint un niveau d’intensité sur la durée dont certains films d’Akira Kurosawa ne peuvent que rêver.
Derrière cette prouesse narrative pourtant très sobre se cache en plus une grande sagesse quant au fonctionnement nihiliste et hypocrite de notre monde. Le statu quo doit ainsi être maintenu à tout prix, au mépris de l’intérêt de l’individu, sacrifié sur l’autel d’une tradition qui sème la terreur partout où elle s’accroche à ses prérogatives. Nul besoin de la part du réalisateur d’insister outre mesure sur cette vérité universelle, puisque la construction de son intrigue repose dans toute sa complexité sur une image aussi simple que la statue des ancêtres, qui perdure alors que les hommes s’entre-tuent autour d’elle.

Vu le 11 septembre 2012, à la Maison de la culture du Japon, Petite salle, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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