Wholetrain
Réalisé par Florian Gaag (2010)
| Durée | 89 minutes |
| Sortie | 13/01/2010 |
| Note | 6/10 |
Le jeune David est un taggeur avisé. Avec ses amis Tino et Elyas, il laisse des graffiti artistiques sur les murs et les trains de sa métropole. Mais ses activités illicites lui ont également valu une condamnation avec sursis pour dégradation de mobilier urbain. Alors qu'il est surveillé de près par la police et qu'il a pris l'élève Achim sous son aile, David se livre une compétition féroce avec une bande de taggeurs rivale. L'enjeu en est de taille : tagguer entièrement un train de banlieue avec les symboles et les initiales du groupe.
La critique
Par Tootpadu 14/10/2009
Ainsi, Wholetrain est un film à la facture nerveuse et brute, qui crée astucieusement un désir d'identification de la part du spectateur avec les parias qui lui servent de protagoniste. La plongée dans le microcosme d'un groupe de jeunes artistes rebelles s'avère fascinante avant tout, parce que le scénario et la mise en scène ne cherchent point à gommer les imperfections de cette société parallèle, bâtie sur un langage injurieux, des signes sans signification, et un lien quasiment inexistant avec la conception plus ordinaire des droits et des devoirs, véhiculée par les gardiens de l'ordre au sens large. La solidarité entre les membres de la bande et la concurrence avec les taggeurs rivaux remplacent pour David, Tino et les autres toute source externe de motivation ou d'appartenance sociale. Leur faiblesse est encore exacerbée, lorsqu'ils se retrouvent seuls, comme face aux parents pour Achim, ou face au professeur ou aux inspecteurs pour David, qui cherchent en vain à dompter la rage de vivre des adolescents, en leur imposant une muselière académique, équivalente à une castration de tout ce qui maintient cette jeunesse laissée-pour-compte en vie.
Vous l'avez compris, ce drame vigoureux ne propose guère de solution facile. Car même les avertissements les plus sévères, présentés sous une forme dramatique un peu poussive, produisent l'effet inverse. Que faire donc de cette jeunesse qui s'exclut elle-même de tout ce qui est considéré comme méritoire dans notre société occidentale ? Mystère. Toujours est-il que Florian Gaag a réussi haut la main sa présentation sans préjugés d'un monde sinon hermétiquement fermé sur lui-même. L'intransigeance de son style et de son approche du contenu nous évitent même la récupération des graffiti pour des projets d'embellissement de quartiers défavorisés. Les esquisses apparemment sauvages que ses jeunes anti-héros laissent sur les murs et les trains n'ont par conséquent qu'une importance au niveau tribal, aussi limité et pourtant essentiel soit-il dans le monde sectaire dans lequel nous vivons.
Vu le 13 octobre 2009, au Club Marbeuf, en VO