Pulsions

Réalisé par Brian De Palma (1981)

Thriller
Pulsions
Durée 105 minutes
Sortie 15/04/1981
Note 6/10

Kate Miller est une femme insatisfaite, qui ne peut exprimer ses frustrations sexuelles qu’envers son psychiatre, le docteur Elliott. Après une visite au musée, elle suit un inconnu dans un taxi où ce séducteur anonyme lui fait passionnément l’amour. En sortant de l’appartement de son amant d’un soir, Kate est sauvagement assassinée dans l’ascenseur. La prostituée Liz aperçoit furtivement le meurtrier. Elle doit alors mener l’enquête, en compagnie de Peter, le fils féru de gadgets électroniques de Kate, afin de dissiper les soupçons qui pèsent sur elle.

La critique

Par Tootpadu 16/08/2012

La première demi-heure de ce film est sans doute l’hommage à l’œuvre de Alfred Hitchcock le plus abouti que Brian De Palma a pu réaliser. A travers la sublime Angie Dickinson et la musique suggestive de Pino Donaggio, toutes les obsessions que le maître du suspense laissait sous-entendre dans ses meilleurs films se fraient un chemin à la surface ici. La volupté la plus licencieuse y coexiste cruellement avec les vestiges d’une morale puritaine. Ceux-ci obligent Kate à jouer à l’épouse consentante qui simule l’orgasme, alors qu’elle a besoin de fantasmes sadiques pour trouver un minimum d’excitation libidineuse dans les bras de son mari, et à s’excuser sagement pour son manque de politesse avant de céder aux avances les plus explicites d’un homme perçu exclusivement comme un objet sexuel. Cette première partie de Pulsions est un vrai bonheur jouissif de cinéphile, grâce au traitement direct, mais guère vulgaire, d’un sujet aussi décrié aux Etats-Unis que la sexualité, qui est à la fois dépeinte comme l’issue rêvée à une existence trop rangée et en tant que source d’innombrables dangers.
Et puis, après l’assassinat en référence directe au massacre sous la douche dans Psychose, ce conte pour adultes devient de plus en plus enfantin et laborieux. Le transfert de la gracieuse Angie Dickinson, frustrée certes mais d’une posture sensuelle rarement égalée à l’écran, vers la plus banale Nancy Allen, une putain très ordinaire à laquelle il est plus que difficile de s’attacher, s’accompagne d’une baisse de tension importante. Tandis que nous suivions fiévreusement les moindres pas et gestes de Kate au début du film, impatients de savoir où sa quête de l’assouvissement de ses désirs les plus secrets allait nous conduire, le sort des survivants, voire la découverte de l’identité du tueur, s’inscrit davantage dans une trame policière peu exceptionnelle. La mise en scène de Brian De Palma a beau multiplier les prises en écran divisé, les enjeux de cette deuxième partie s’uniformisent au fur et à mesure que le mystère se traîne vers une conclusion interminable.
Les dispositifs manipulateurs de cette longue recherche risquent même d’obnubiler complètement la très bonne impression que l’introduction majestueuse et lascive nous avait laissé. La rupture nette – et abrupte pour quiconque n’a jamais vu ce classique du genre – débouche en quelque sorte sur l’antithèse de ce qui l’avait précédée. Cette impression de plus en plus pénible d’un film hautement inégal est encore accentuée par quelques signes déplaisants du temps, tels que la bande des voyous du métro, qui est forcément d’origine afro-américaine, ou, pire encore, une définition sérieusement discriminante des transsexuels. Loin de nous l’idée d’exiger un point de vue politiquement correct dans un film qui cherche si désespérément à briser des tabous d’ordres divers. Mais l’approche faussement éducative pendant la dernière heure du film nous fait tout de même amèrement regretter la liberté voluptueuse qu’Angie Dickinson dispense sans compter dans un de ses plus beaux rôles !

Revu le 16 août 2012, au Grand Action, Salle Henri Ginet, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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