Playoff
Réalisé par Eran Riklis (2012)
| Durée | 111 minutes |
| Sortie | 04/07/2012 |
| Note | 6/10 |
En 1982, l’entraîneur de basket israélien Max Stoller, plusieurs fois sacré champion avec son club de Tel Aviv, arrive à Francfort afin de s’occuper de l’équipe nationale de l’Allemagne de l’Ouest. Ce nouveau poste lui a valu d’être rejeté à la fois par sa famille et la presse israélienne, tandis que ses nouveaux joueurs doutent de ses intentions pour entraîner une équipe qui peine à se qualifier pour les jeux olympiques deux ans plus tard. Mais Stoller persiste à effectuer la tâche qui lui a été confiée, tout en recherchant en parallèle les traces de son enfance quarante ans plus tôt. Dans l’appartement qu’il occupait à l’époque avec ses parents habite désormais Deniz, une jeune femme turque venue en Allemagne avec sa fille pour chercher son mari, disparu sans laisser de nouvelles.
La critique
Par Tootpadu 26/06/2012
Comme le dit si bien une réplique dans le film, les Allemands de cette génération-là ont terriblement honte des méfaits de leurs pères, tout en redoutant craintivement ce qu’une Allemagne plus moderne pourra leur offrir. Par conséquent, il ne faut pas s’attendre à une radiographie de l’âme germanique à ce moment précis, simplement parce qu’il n’y a pas grand-chose à voir, ni à une épopée volontariste sur la renaissance d’une équipe sportive comme le cinéma hollywoodien aime les imaginer avec une régularité ennuyeuse. Le décor allemand, d’ailleurs pas entièrement dépourvu d’anachronismes, sert avant tout à insister sur le dépaysement des deux personnages principaux et à les unir en même temps dans cette quête d’un bonheur révolu, de l’enfance pour l’un, de la vie conjugale pour l’autre.
Le huitième film de Eran Riklis ne plonge pas corps et âme dans l’exubérance sentimentale. Il procède davantage par petites touches à la destruction du carcan social dans lequel Max et Deniz se sont enfermés. Cet élan de libération ne se traduit point par des sursauts d’indignation, mais en toute simplicité – et avec la lucidité retenue qui faisait déjà la force des autres films du réalisateur sortis en France – par un gain subtil d’humanité. Tandis que l’entraîneur perfectionniste, décrit au début du film par quelques gestes répétitifs comme cette apologie douteuse du tabagisme, ne s’émeut plus par la suite d’arriver le dernier aux réunions et que le scénario lui réserve même un moment touchant avec une madeleine proustienne, la femme de ménage turque se soumettra moins au regard désapprobateur de sa communauté, lorsqu’il s’agira d’élever seule sa fille adolescente, tiraillée entre deux cultures.
Formellement à l’opposée d’une autre quête identitaire sortie la semaine précédente, au titre assez similaire, Off world de Matéo Guez, ce film-ci reste justement très sobre dans l’évocation du passé, s’abstenant heureusement de tout retour en arrière vers une Allemagne nazie dont la représentation ressemble à force à un cliché. Dans le même ordre d’astuce narrative, l’action ne quitte jamais le sol allemand, ce qui oblige les deux immigrés de se faire une place dans ce pays qui ne veut pourtant pas réellement d’eux.
Vu le 20 juin 2012, à la Salle Pathé François 1er, en VO