Off world
Réalisé par Matéo Guez (2012)
Drame
| Durée | 77 minutes |
| Sortie | 27/06/2012 |
| Note | 6/10 |
Adopté par un couple canadien à l’âge d’un an, Lucky revient aux Philippines à la recherche de ses origines. Avec l’aide d’une assistante sociale, il retrouve la trace de son frère, un Ladyboy, qui habite près de Smokey Mountain, l’immense décharge aux portes de la capitale, où Lucky est né.
La critique
Par Tootpadu 20/06/2012
En tant que descente intuitive vers le tréfonds des origines, ce premier film remplit amplement son contrat. Il y a quelque chose de profondément poétique dans la façon que le réalisateur Matéo Gomez a choisie pour tenir compte de cette quête existentielle. Comme dans un voyage vers les ténèbres du passé, oubliées de gré ou de force à cause d’une deuxième enfance préservée au Canada, le personnage principal s’enfonce dès les premiers plans de Off world dans un décor irréel. Sa voix off, qui confère du coup un double sens au titre du film, accompagne ce cheminement tâtonnant vers quelque chose d’aussi abstrait que le sentiment d’appartenir intrinsèquement à un endroit précis, peu importe son aspect peu recommandable.
En effet, le voyage de Lucky n’est qu’à première vue une recherche généalogique. Il s’agit davantage d’une démarche philosophique, d’une série d’expériences plus ou moins concluantes, qui permettront au protagoniste de s’enraciner à nouveau dans la terre infecte de sa naissance. Parmi ces tentatives de trouver sa place au sein d’une communauté qui n’est plus la sienne figurent la rencontre maladroite avec un homme, suivie de celle couronnée de succès avec une femme, et surtout une prise de drogues qui débouche sur la séquence la plus délirante du film. Quand Lucky se lâche complètement lors de la fête sur le palier de l’immeuble de son frère, il laisse une fois pour toutes les inhibitions de son éducation occidentale derrière lui et se dévoile comme l’homme déboussolé et en manque de repères qu’il est réellement. A partir de ce moment décisif de son odyssée, il n’est plus le touriste intrigué par la misère autour de lui, mais un genre de fils prodigue, qui finira par retrouver le nid familial.
A force de parcourir les rues sales de ce quartier défavorisé de Manille, la caméra lui rend une forme de noblesse diffuse, qui accentue encore le côté poétique du film. Puisque le spectateur ne doit pas subir les odeurs pestilentielles qui infectent les lieux, il peut se laisser enivrer à sa guise par les images stylisées d’un environnement social à la pauvreté exacerbée. Seuls les rares écarts du ton artistique – sans doute inclus par le réalisateur pour se donner bonne conscience et ne pas passer sous silence les conditions de vie extrêmement précaires des enfants dans ce magma de détritus – nous ramènent vers une réalité plus triste, plutôt en contradiction avec les objectifs formels de ce périple très personnel.
En effet, le voyage de Lucky n’est qu’à première vue une recherche généalogique. Il s’agit davantage d’une démarche philosophique, d’une série d’expériences plus ou moins concluantes, qui permettront au protagoniste de s’enraciner à nouveau dans la terre infecte de sa naissance. Parmi ces tentatives de trouver sa place au sein d’une communauté qui n’est plus la sienne figurent la rencontre maladroite avec un homme, suivie de celle couronnée de succès avec une femme, et surtout une prise de drogues qui débouche sur la séquence la plus délirante du film. Quand Lucky se lâche complètement lors de la fête sur le palier de l’immeuble de son frère, il laisse une fois pour toutes les inhibitions de son éducation occidentale derrière lui et se dévoile comme l’homme déboussolé et en manque de repères qu’il est réellement. A partir de ce moment décisif de son odyssée, il n’est plus le touriste intrigué par la misère autour de lui, mais un genre de fils prodigue, qui finira par retrouver le nid familial.
A force de parcourir les rues sales de ce quartier défavorisé de Manille, la caméra lui rend une forme de noblesse diffuse, qui accentue encore le côté poétique du film. Puisque le spectateur ne doit pas subir les odeurs pestilentielles qui infectent les lieux, il peut se laisser enivrer à sa guise par les images stylisées d’un environnement social à la pauvreté exacerbée. Seuls les rares écarts du ton artistique – sans doute inclus par le réalisateur pour se donner bonne conscience et ne pas passer sous silence les conditions de vie extrêmement précaires des enfants dans ce magma de détritus – nous ramènent vers une réalité plus triste, plutôt en contradiction avec les objectifs formels de ce périple très personnel.
Vu le 18 juin 2012, au Club Marbeuf, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10