Puzzle

Réalisé par Natalia Smirnoff (2010)

Drame
Puzzle
Durée 89 minutes
Sortie 23/06/2010
Note 6/10

Pour son cinquantième anniversaire, Maria Del Carmen reçoit entre autres cadeaux un puzzle de mille pièces. Cette femme au foyer, qui avait excellé jusqu'à présent dans la préparation de plats délicieux, découvre alors une passion insoupçonnée pour les puzzles. Dans le magasin spécialisé où sa tante avait acheté le déclencheur de ce nouveau passe-temps, Maria Del Carmen trouve l'annonce de Roberto, qui cherche une partenaire pour s'entraîner en vue d'une participation au tournoi national. La rencontre avec cet homme riche et cultivé ouvre des horizons inattendus à Maria Del Carmen, qui préfère ne rien dire de sa nouvelle occupation à son mari et à ses deux fils.

La critique

Par Tootpadu 17/06/2010

La Joueuse est de retour. Comme dans le très beau film de Caroline Bottaro, il est question ici d'une femme issue d'un milieu social modeste, qui se perfectionne contre toute attente dans la pratique d'un jeu de réflexion, jusqu'à pouvoir concourir dans des tournois d'envergure nationale. Toutefois, si ces deux histoires peuvent passer aisément pour des paraboles sur l'affranchissement de femmes soumises et réduites auparavant à l'accomplissement de tâches ménagères sans gloire, leur traitement formel n'aurait pas pu être plus différent. Une frénésie narrative et une aggressivité plastique, qui nous propulsent avec une énergie sensiblement plus viscérale dans le récit, répondent dans ce premier film argentin au rythme mesuré et à l'épuration visuelle qui visait surtout à mettre en valeur le magnifique cadre naturel de la Corse dans le film français.
La caméra ne paraît en effet pas toujours savoir où aller dans Puzzle. Elle tâtonne, comme au début de la fête d'anniversaire lorsqu'elle déambule d'une pièce à l'autre, pour finir par coller au plus près des personnages, ne donnant alors qu'un aperçu partiel de l'action. La narration, en revanche, sait parfaitement où elle veut en venir, puisque la réalisatrice Natalia Smirnoff conduit son intrigue sans encombre, à travers des ellipses accomplies avec une certaine élégance. A l'image de son personnage principal, une femme sans attrait particulier qui aime bien cultiver son jardin secret, le scénario ne s'évertue point à nous épeler tous les tenants et les aboutissants de l'histoire. Il reste toujours une zone de non-dit et d'incertitude quant aux envies et aux motivations de Maria Del Carmen.
L'actrice Maria Onetto n'est pas une Sandrine Bonnaire, ce qui va en quelque sorte de soi, puisque Maria Del Carmen et Hélène passent par l'initiation à une vie intellectuellement plus excitante que leur quotidien terne d'épouse docile à des moments opposés de leur existence sans éclat. Tandis que Hélène dispose encore d'un zeste de jeunesse qui lui permettra de foncer la tête baissée, Maria Del Carmen évite tout affrontement direct. Elle se sert plutôt de son intrusion passagère dans un environnement social où ses capacités sont mises en valeur, voire célébrées - contrairement à la maison où elle se fait gentiment gronder chaque fois qu'elle oublie d'acheter du fromage -, afin de concrétiser son existence individuelle en dehors de ses responsabilités familiales. Cette libération timide des contraintes sociales trouve un symbole aussi anodin que parlant dans le dernier plan du film, qui figure également sur l'affiche française. Pour une femme d'une cinquantaine d'années, qui s'épanouit en plus jusqu'à un certain point dans son rôle de mère de famille, il est peut-être déjà trop tard pour recommencer complètement sa vie. Ce qui ne veut pas dire, par contre, qu'il faut laisser passer l'occasion de se procurer un peu de liberté. Cette ambiguïté dans la démarche de Maria Del Carmen, Maria Onetto la traduit avec une retenue qui ne rend pas forcément son personnage sympathique, mais qui lui confère une humanité désarmante.

Vu le 16 juin 2010, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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