ACAB All cops are bastards
Réalisé par Stefano Sollima (2012)
| Durée | 110 minutes |
| Sortie | 18/07/2012 |
| Note | 6/10 |
Cobra, Negro et Mazinga sont trois CRS italiens inséparables, qui se serrent les coudes quand l’un d’entre eux a des problèmes. Et il n’en manque point, puisque le premier est accusé d’avoir cassé sans raison les dents d’un supporter, que le deuxième est en instance de divorce, et que le troisième ne sait pas comment empêcher son fils adolescent de fréquenter le milieu fasciste. Leur honneur professionnel est mis à l’épreuve quand le jeune Adriano intègre leur unité. Lui aussi souffre de l’injustice sociale, à travers sa mère qui risque d’être expulsée de son logement, mais il hésite à fraterniser avec ses collègues, qui ont une perception revancharde de leur métier.
La critique
Par Tootpadu 21/06/2012
La situation est en tous points semblable en Italie, où le problème d’une immigration mal canalisée et le niveau de vie sous la menace constante de la crise économique exacerbent encore l’antagonisme entre des flics sectaires et une population, qui ne voit en eux que les larbins d’une classe politique corrompue. Le premier film de Stefano Sollima ne cherche à aucun moment à enjoliver ce statu quo globalement insatisfaisant. Il affiche au contraire une volonté, empreinte de courage et de lucidité, de dresser un portrait sans fioritures de l’insoutenable impuissance qui gangrène la société italienne. Bien que ce film dur et sans concessions adopte le point de vue des CRS, ce n’est pas pour autant qu’il leur réserve un destin exemplaire de quelque manière que ce soit. La fin vaguement ouverte de ACAB All cops are bastards leur donne certes l’occasion de se racheter lors d’un dernier affrontement, mais tout ce qui y a précédé confirme tristement une existence basée sur un sentiment indélébile de frustration.
Seule la camaraderie entre ces personnages, rejetés à la fois par ceux qu’ils sont censés protéger et par leur bouée de sauvetage familiale, apporte l’illusion du réconfort. Car le vieux dispositif scénaristique de l’arrivée d’une jeune recrue met à nu le dysfonctionnement de cette cellule autonome, qui se croit tout permis, mais qui devra apprendre que sa compréhension archaïque des rapports de force est vouée à la disparition. L’avenir ne sera pas pour autant meilleur, puisque Adriano – aussi idéaliste soit-il – ne fait que répéter les erreurs de ses aînés, qui frappent quand ils ne savent pas se faire entendre autrement. Il résulte donc un constat fataliste de ce film brut et vigoureux, qui confirme la bonne santé du cinéma de genre italien. Si sa structure narrative était un peu plus aventureuse, on pourrait même y voir le revers soi-disant légal de la médaille de la société italienne, dont Matteo Garrone avait évoqué la face du crime dans le magistral Gomorra.
Vu le 19 juin 2012, à la Salle Pathé Lincoln, en VO