Zulu

Zulu
Titre original:Zulu
Réalisateur:Jérôme Salle
Sortie:Cinéma
Durée:107 minutes
Date:04 décembre 2013
Note:

Le corps d’une jeune femme blanche, sauvagement assassinée, a été retrouvé dans le jardin botanique du Cap en Afrique du Sud. L’inspecteur Ali Sokhela de la brigade des crimes violents mène l’enquête. Avec son équipe, l’alcoolique et fraîchement divorcé Brian Epkeen et le studieux Dan Fletcher dont la femme vient de guérir d’un cancer, il fait rapidement le rapprochement entre cette affaire sordide et l’apparition d’une nouvelle drogue synthétique.

Critique de Mulder

Les thrillers français parfaitement maîtrisés sont rares et encore plus les jeunes réalisateurs français (depuis 2005 que quatre films) qui réussissent à dépasser nos attentes. Sur la base d’un excellent scénario que le réalisateur Jérome Salle a co-écrit avec le scénariste Julien Rappeneau, le film nous permet de suivre la lutte de deux policiers atypiques en Afrique du Sud contre un puissant cartel de drogue.

Depuis son premier Anthony Zimmer en 2005, le réalisateur Jérôme Salle et le scénariste Julien Rappeneau ont toujours collaboré. Cette fois, ils s’unissent pour adapter l’excellent livre de l’écrivain français Caryl Férey (notamment Grand prix de la littérature policière en 2008). Ils s’attachent à décrire dans une Afrique du Sud en pleine reconstitution le portrait de deux policiers blessés par leur passé mais qui sont prêts à tout risquer pour faire triompher les forces du bien. Impossible de ne pas penser au film Seven de David Fincher en voyant ce film d’une noirceur totale. Les meurtres commis sont nombreux et cachent de lourds secrets d’une organisation prête à tout pour arriver à ses fins.

La première scène marquante du film montre un jeune enfant pourchassé par une bande malfaisante pour l’unique raison qu’il est noir. Ce jeune garçon terrorisé face à ces atrocités à motifs politiques qui ont eu lieu dans le KwaZulu retient toute notre émotion . Le film nous révèle ensuite que cet enfant meurtri est devenu un policier émérite interprété par Forest Whitaker. Une nouvelle fois, cet acteur témoigne qu’il est l’un des meilleurs acteurs et semblent s’engouffrer dans la veine des rôles borderline tenus en général par Denzel Washington. De film en film, il semble continuer à imposer sa présence calme et impériale comme sa marque de fabrique. Son jeu reste donc efficace mais ne semble pas diverger de ceux qu’il a interprétés récemment. C’est plutôt du côté de l’acteur interprétant son coéquipier que notre attention se porte. Le policier Brian Epkeen est un excellent agent imbibé d’alcool car souhaitant expier des fautes personnels du passé. Orlando Bloom qui l’interprète trouve avec ce film l’un de ses meilleurs rôles depuis longtemps (Kingdom of Heaven en 2005 plus précisément). Le scénario privilégie donc l’étude de ces deux policiers et leur manière d’avancer dans leur enquête plutôt que le contexte social et politique d’une Afrique du Sud encore sale des atrocités commises par le passé. C’est ainsi plus l’ambiance malsaine que revendiquent les scénaristes que les multiples rebondissements et les scènes d’action. Dans sa manière de tourner sans concession les atrocités commises (tête et main coupée, gunfighs..), le réalisateur nous renvoie aux films des années 70 où un vent de liberté artistique existait encore et certains films comme ceux de Sam Peckinpah nous livraient des scènes de violences massives (La horde sauvage, les chiens de paille).

Techniquement, le film est d’une grande beauté et bénéficie de la présence à la photographie de Denis Rouden (Largo Winch 1&2, Les Lyonnais). Ce directeur de la photographie signe ici tout simplement son meilleur travail sur un film et rend le plus beau des hommages aux paysages sublimes et désertiques de l’Afrique du Sud. Son approche donne au film une apparence digne des grands films américains. L’excellente musique d’Alexandre Desplat rappelant à sa manière celle d’un opéra baroque sert au plus près cette photographie et ce sens du spectacle de qualité. Jérome Salle semble donc s’entourer des mêmes collaborateurs à des postes clés telles ces deux personnalités afin de maximiser les chances de montrer à l’écran ce qui n’existait que sous forme écrite.

Rares sont les bons grands films français pouvant concurrencer sur leurs propres terrains les thrillers issus des grands studios hollywoodiens. Réunir un tel vivier de talents bruts et véritables devant ou derrière la caméra est suffisamment rare actuellement pour ne pas être salué. Zulu s’impose donc comme une réussite exemplaire et montre une nouvelle fois que son réalisateur est destiné à une grande carrière aussi bien en France qu’ aux Etats-Unis.

Vu le 16 octobre 2013, à la Salle Pathé Lamennais

Note de Mulder:

Critique de Tootpadu

Le quatrième film du réalisateur français Jérôme Salle, qui flirte plus que jamais avec le marché international, ne connaît qu’une seule vitesse : droit devant de toute sa force et sans se laisser ralentir par des détails mineurs comme la crédibilité et la cohérence. Contre toute attente – et contrairement à la mauvaise réputation qui poursuit traditionnellement les films de clôture du festival de Cannes –, cette recette de l’efficacité maximale fonctionne plutôt bien. Elle nous réserve en tout cas un film de genre rondement mené, comme on dit, dont on se souviendra davantage pour son rythme haletant que pour le bagage psychologique considérable que les personnages principaux doivent traîner derrière eux.

En effet, tous les membres de l’équipe de choc de l’inspecteur Sokhela sont marqués par un traumatisme soit frais comme la maladie grave du conjoint, soit ancien comme un douloureux souvenir d’enfance, soit permanent tel la déchéance à petit feu par le biais de l’alcool, du sexe et des drogues. Puisque l’enquête en elle-même piétine, avant de connaître quelques revirements pas forcément logiques mais très utiles pour faire ronronner le moteur du spectacle musclé, le récit se penche sans doute un peu trop longuement sur le sort emblématique de ces individus dans un pays aussi mal dans sa peau qu’eux. Or, Zulu ne s’improvise nullement en donneur de leçons ou, pire encore, de messager d’une solution miracle à cette effusion permanente d’une violence aveugle.

En privilégiant la force brute, dans le fond et dans la forme, le film fait même preuve d’une noirceur qui borde au nihilisme. Aucune issue de secours ne vient adoucir la peine de ce jeu macabre du chat et de la souris, où la distribution des rôles se brouille au profit d’une anarchie des mœurs désespérante. Seule l’énergie vitale de la narration apporte alors l’entrain nécessaire pour ne pas nous voir sombrer dans la dépression, face à un monde déréglé où plus personne ne fait la loi.

 

Vu le 21 novembre 2013, à la Salle Pathé Lamennais, en VO

Note de Tootpadu: