Sept jours en mai

Réalisé par John Frankenheimer (1964)

Thriller
Sept jours en mai
Durée 118 minutes
Sortie 25/03/1964
Note 7/10

La cote de popularité du président américain Lyman est au plus bas, depuis qu’il a répondu à une crise économique sans précédent avec un traité conclu avec l’ennemi soviétique, qui prévoit la destruction de l’arsenal nucléaire de part et d’autre du rideau de fer. Son état-major, mené par le charismatique général Scott, s’oppose violemment à cette mesure pacifiste, selon lui contraire aux fondements mêmes de la société américaine. Alors que les préparatifs pour un exercice d’alerte à l’échelle nationale avancent à grands pas, l’assistant de Scott, le colonel Casey, apprend quelques détails alarmants sur cette manœuvre, au point de redouter un complot qui viserait à destituer le président. Il prévient ce dernier et ses hommes de confiance, auxquels il ne reste désormais plus que sept jours pour déjouer le coup d’état.

La critique

Par Tootpadu 12/04/2012

Quand la réalité rattrape la fiction, cela est rarement une occasion pour célébrer, mais plutôt pour confirmer une fois de plus le fait que le pessimisme est l’état d’esprit le plus adapté pour ne pas enchaîner les déceptions dans sa vision personnelle du monde. A ce jour, les Etats-Unis n’ont pas connu le genre de renversement politique décrit dans ce thriller fascinant. Mais il suffit de regarder son année de production, celle de l’assassinat du président Kennedy qui était à sa façon le prophète d’un monde meilleur, pour être frappé par son exceptionnelle force prémonitoire. Le présage d’une classe dirigeante sous l’emprise d’un appareil militaire tout-puissant allait se confirmer dès ce moment décisif de l’Histoire américaine, qui allait être rythmée dorénavant par une série d’assassinats lourde de conséquences pour le capital idéaliste de la nation, ainsi que par des guerres aussi meurtrières qu’inutiles, mais en mesure d’asseoir encore plus l’influence des forces armées. Nul besoin d’adhérer aux théories d’une paranoïa galopante que le réalisateur Oliver Stone aime proférer pour se douter qu’absolument tous les présidents américains depuis plus d’un demi-siècle ont dû se plier aux exigences belliqueuses de leurs généraux, s’ils voulaient être sûrs de leur allégeance indéfectible.
Ce bourbier politique qui constitue de nos jours le statu quo à Washington, Sept jours en mai cherche héroïquement à le contrer avec un sursaut d’intégrité et de patriotisme sincère, qui ferait presque sourire dans le contexte actuel d’une société américaine à deux vitesses et à deux types mutuellement exclusifs d’idéologie partisane. Le président du film ne doit sa survie politique, voire sa survie tout court, qu’à une suite d’heureuses coïncidences, alors que son adversaire fanatique était prêt à la confrontation. S’il n’avait dû s’appuyer que sur sa probité morale, qui lui interdit par ailleurs de sortir complètement les lettres compromettantes du tiroir, il ne serait certainement pas sorti indemne de cette fâcheuse affaire. La narration n’est à aucun moment dupe de ce déséquilibre des forces, qui se traduit à la fois par l’ignorance complète de la part du président des agissements subversifs derrière son dos et par les scrupules de l’indicateur, qui ne tire aucune satisfaction de la chute de son idole au profit d’un politicien idéaliste, mais plutôt en position de faiblesse sur le champ de bataille des intrigues et des enjeux internationaux.
La mise en scène brillante de John Frankenheimer se plonge certes dès la première séquence corps et âme dans l’action, en l’occurrence une manifestation d’opposants et de supporters du président qui dégénère. Mais ce n’est pas pour autant qu’il prend parti dans cette guerre des nerfs à l’issue incertaine. Son approche formelle est davantage celle d’une observation factuelle et presque neutre, qui prend un malin plaisir à scruter en gros plan les visages de sa distribution prestigieuse, prise au piège d’un compte à rebours dont l’échéance est repoussée à maintes reprises. Quelques transitions douteuses mises à part, comme le retour miraculeux du sénateur de sa mission dans le désert, le ton du film s’apparente magistralement à la symbiose réussie entre l’esthétique frénétique de la télévision et un huis-clos cinématographique plus pondérant, quoique jamais dépourvu de cette intensité viscérale, qui nous prend aux tripes chaque fois que l’existence de la prétendue figure de proue de la liberté et de la démocratie est en jeu.

Revu le 12 avril 2012, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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