Magic magic
Réalisé par Sebastian Silva (2013)
| Durée | 98 minutes |
| Sortie | 28/08/2013 |
| Note | 7/10 |
Alicia a quitté pour la première fois sa Californie natale, afin de rendre visite à sa cousine Sara, qui étudie pour un semestre au Chili. Elles doivent rejoindre Agustin, le copain de Sara, et d’autres amis, avant de partir à la campagne sur une île quasiment déserte. En chemin, Sara reçoit un appel qui l’oblige à rebrousser chemin, en raison de quelques examens qu’elle aurait à repasser. Alicia aimerait tant rester avec elle, mais sa cousine la convainc de suivre le groupe. En attendant le retour de Sara, Alicia se sent de plus en plus mal à l’aise avec Agustin et ses amis, qu’elle prend pour des sadiques.
Les critiques
Par Mulder 25/06/2014
Couvrir des festivals permet souvent de découvrir de jeunes réalisateurs et des films indépendants américains qui ne connaitront pas pour la plupart une sortie en salles en France. C’est en cela que le Champs Elysées Film Festival et le Festival du cinéma américain de Deauville sont incontournables. Le premier film écrit et réalisé par R. Malcolm Jones projeté en sélection officielle fut l’un de mes coups de cœur du Champs Elysées Film Festival.
Le film se passe dans un quartier très pauvre de Miami (Floride), à Liberty City. Le surnom de cette ville est Magic City et explique ainsi aisément le titre de ce film. Le réalisateur nous montre ainsi l’envers du décor, loin des beaux quartiers de la ville, l’action se passe dans un endroit très pauvre dans lequel les habitants doivent survivre face à des gangs et trafics de toute sorte. Le film suit donc le parcours de jeunes filles Tiana et Nia qui ont été abandonnées par leur mère toxicomane et séparées dans des foyers différents. Le hasard fait qu’un jour elles se retrouvent enfin ensemble et placées sous la garde de leur tante. On suit donc leur errance dans ce quartier pauvre et nous découvrons avec elles une Amérique que nous ne voyons guère au cinéma. C’est pas cette approche que le film est non seulement intéressant mais surtout nous fait réfléchir sur notre condition.
Le réalisateur a pu tourner son premier film en total indépendance et loin des studios américains. Cette liberté a un prix car son film ne pourra compter que sur les nombreux festivals dans lequel son film sera projeté pour obtenir une réelle portée. Ainsi après avoir été montré en 2013 au Festival du cinéma afro-américain, au festival du monde urbain à New York et également au festival Bronze Lens à Atlanta. Ces festivals ont pour volonté de défendre le cinéma afro-américain qui ne dépasse guère les frontières américaines. The Magic city témoigne donc d’une Amérique très pauvre et puise sa force dans le fait que c’est avec le regard de ces enfants que nous suivons la vie difficile dans un quartier abandonné et sans réel espoir.
Le cinéma américain indépendant comme le témoigne ce film aussi intéressant et palpitant nous amène souvent à constater les inégalités de plus en plus présentes et grandissantes envers certaines personnes délaissées par un système social et politique. Ce n’est donc pas un hasard si dans une scène du film nous voyons sur une télévision un discours de Barack Obama. Certes il s’agit du premier Président afro-américain mais les inégalités raciales continuent malheureusement à exister. Ce gouvernement témoigne d’une armée visant à engager le plus de personnes dans ces quartiers les plus pauvres en leur proposant une vie meilleure mais c’est souvent un leurre, c’est en cela que le personnage de Tru est représentatif et intéressant.
Nous ne pouvons donc que trop vous conseiller de découvrir ce premier film réussi d’un ancien réalisateur de vidéoclips (Flo Rida, Vanessa Hudgens, R. Kelly, Avril Lavigne…) et qui est voué à faire reparler de lui prochainement.
Vu le 14 juin 2014 au Balzac, Salle 02, en VO
Par Tootpadu 21/08/2013
« Les Américains à l’étranger » compte parmi nos sujets de prédilection au cinéma. Voir les maîtres du monde autoproclamés tituber d’une contrariété à l’autre, surtout parce qu’ils ont un mal fou à s’adapter au style de vie local en abandonnant leurs lunettes américaines à travers lesquelles ils regardent le monde avec une dose considérable de préjugés manichéens, a toujours quelque chose de malicieusement réconfortant pour nous. Certes, cet exil choisi ou subi peut prendre la forme d’une invasion bornée et brutale comme dans l’univers de Taken ou verser dans la complaisance nombriliste comme dans Lost in translation de Sofia Coppola. Mais même ces regards tendancieux sur des Américains types déracinés nous en disent long sur l’état d’esprit d’une super-nation pas prête à faire amende honorable pour ses nombreux défauts. Que les films qui prônent le dépaysement avec toutes ses vicissitudes sont le plus souvent réalisés par des Américains est sans doute pour beaucoup dans la vision caricaturale des pays étrangers que ces œuvres de propagande larvée véhiculent. D’où l’attrait particulier de ce film chilien, qui est un cas d’école plutôt réussi sur la perception subjective et la réalité déformée qu’elle produit.
Alors qu’il peut paraître normal qu’Alicia ne se sente pas vraiment bien accueillie au Chili, faute de savoir parler espagnol et à cause des circonstances de son arrivée tardive, cette hostilité perçue va crescendo jusqu’à ce que le malaise oppressant que la narration distille magistralement éclate dans la folie. Le récit de Magic magic accomplit le numéro d’équilibriste prodigieux sur le fil ténu entre la démence et la paranoïa qui a déjà été fatal pour nombre de thrillers psychologiques avant lui. La mise en scène de Sebastian Silva suscite un climat d’angoisse diffuse qui pourrait déboucher sur différents extrêmes de la concrétisation de la peur. Sa plus grande qualité est de guère forcer le trait et de laisser ainsi le soupçon et les velléités de tous les personnages de maintenir à tout prix les apparences faire librement leurs ravages. Que le périple mental d’Alicia se termine par une séance de rituels ancestraux est alors la cerise sur le gâteau de cette descente aux enfers d’une adolescente américaine, en premier lieu effarée par un monde subtilement bestial et viscéral – et donc complètement à l’opposé de la logique rassurante propre à la philosophie américaine – qu’elle ne comprend point.
Les très belles images de la nature chilienne qui ouvrent le quatrième film de Sebastian Silva ne sont qu’un des subterfuges formels qui sont censé détourner notre attention des intentions savoureusement maléfiques de l’histoire. En dépit du point d’identification principal qu’est bien sûr Alicia, la nature énigmatique des autres personnages, très humains dans leur bizarrerie inquiétante, contribue grandement au ton suffocant d’un film, qui brouille adroitement les pistes entre la perversion et l’hystérie, au cours d’une partie de campagne qui tourne progressivement au cauchemar.
Vu le 21 août 2013, au Club de l'Etoile, en VO