Empire des sens (L')

Réalisé par Nagisa Oshima (1976)

Drame
Empire des sens (L')
Durée 102 minutes
Sortie 15/09/1976
Note 6/10

En 1936, l’ancienne geisha Abé Sada travaille comme servante dans une maison close à Tokyo. Elle tombe amoureuse de Kichizo, le mari de la patronne, qu’elle observe tous les matins en train de coucher avec sa femme. Abé Sada attire son attention lors d’une altercation bénigne dans la cuisine. A partir de cette première rencontre, les deux amants se consument dans une passion charnelle sans tabou.

La critique

Par Tootpadu 18/03/2012

Porno de luxe ou chef-d’œuvre du cinéma érotique ? Le film le plus célèbre du réalisateur Nagisa Oshima, qui avait défrayé la chronique un peu partout lors de sa sortie, n’est pas si évident à classer – et donc à juger – qu’il ne paraît de prime abord. L’intrigue a beau ne consister au fond que de scènes de copulation plus ou moins corsées, cette sexualité exacerbée et omniprésente répond à une finalité dramatique plus recherchée que l’assouvissement bestial de la libido des spectateurs en manque d’excitation.
Pour commencer, les rapports entre l’homme et la femme se définissent dans L’Empire des sens par une prise de plaisir réciproque, à l’opposé des drames sadiques qui fleurissaient simultanément dans le cinéma japonais, où la femme et son corps étaient au mieux un terrain de jeux dégradants pour l’homme en position de force. Cette volonté de jouir constamment ensemble prend certes des formes de plus en plus bizarres ici, comme cette fameuse séquence de la poule humaine ou la strangulation qui prend progressivement le pas sur la simple pénétration ou fellation classique. Mais le lien psychologique qui se tisse entre les deux amants au fur et à mesure qu’ils épuisent leur capital sexuel relève d’une forme de dépendance bien plus abstraite que la simple soumission sado-masochiste.
Ensuite, la nature tortueuse de la relation entre Abé Sada et Kichizo permet de supposer que pour eux, la sexualité est une drogue de laquelle ils n’arrivent pas à décrocher jusqu’au dénouement macabre, qui confirme une autre hypothèse d’interprétation du récit. Car contrairement aux films pornographiques hétérosexuels qui s’appliquent à explorer bêtement des pairs de seins et le sexe féminin dans toute leur gloire, la véritable vedette ici est le pénis que la femme vénère et que la caméra montre sans modération. Plus que d’un juste rééquilibrage des choses, entre la représentation et la visibilité des zones érogènes des hommes et des femmes, il s’agit d’un commentaire à peine voilé et passablement tendancieux sur l’origine du patriarcat et les dérives du culte de la bite. Ceci dit, Nagisa Oshima ne se préoccupe point de ce que l’on appelle de nos jours le politiquement correct, puisque la séquence des enfants qui jouent complètement nus et qui sont punis assez sévèrement dénote presque plus que les nombreuses scènes de coït, filmées avec une certaine considération pour leur sensualité.
Nous n’avons pas trouvé de réponse clairement tranchée à notre question initiale. Peut-être la force du film réside-t-elle justement dans cette ambivalence, qui lui a permis d’être apprécié à la fois par un public féru de sensations viscérales et par les spectateurs capables de voir dans ce festival d’organes sexuels une forme d’expression artistique, qui interroge notre rapport au sexe tout en le célébrant sans trop d’inhibitions.

Vu le 16 mars 2012, au Magic Cinéma, Salle 1, Bobigny, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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