Fils de l'autre (Le)

Réalisé par Lorraine Levy (2012)

Drame familial
Fils de l'autre (Le)
Durée 105 minutes
Sortie 04/04/2012
Note 6/10

A bientôt 18 ans, Joseph s’apprête à effectuer son service militaire dans l’armée israélienne, où son père Alon, d’origine française, occupe un poste d’officier. Sa mère Orith est étonnée que le groupe sanguin de son fils ne corresponde pas à celui de ses parents. Elle croit d’abord à une erreur lors du prélèvement. Au bout d’une enquête sur les circonstances de la naissance de Joseph, il s’avère cependant que son bébé a été échangé par accident avec celui d’une famille palestinienne. Son fils biologique Yacine fait toute la fierté de ses parents Leïla et Saïd, grâce à une scolarité brillante effectuée en France. Quand les deux jeunes hommes apprennent ce fâcheux quiproquo, ils éprouvent moins de mal à s’y adapter que leurs parents respectifs, pris au piège d’une perception manichéenne de l’autre.

La critique

Par Tootpadu 07/03/2012

Le fait qu’un film au thème aussi fédérateur et pacifique que Le Fils de l’autre soit produit par des capitaux français, est hélas révélateur du climat qui règne actuellement en Israël. Comme l’avait fait Une bouteille à la mer de Thierry Binisti sorti deux mois plus tôt, le troisième film de la réalisatrice Lorraine Lévy cherche en effet à entamer le genre de dialogue entre des peuples antagonistes, que leur méfiance viscérale et un comportement menaçant provoqué par le danger iranien – réel ou imaginaire – rendent quasiment impossible de nos jours. A l’heure où et les Israéliens, et les Palestiniens se recroquevillent sur des positions hermétiquement fermées à une entente cordiale, ces œuvres cinématographiques venues d’ailleurs font office de bouée de sauvetage pour un processus de paix dont plus personne ne parle à la veille d’activités belliqueuses encore plus graves. Dans un tel contexte préoccupant, des histoires aussi bien intentionnées risquent de faire sourire par leur naïveté, face à une situation qui sera réglée une fois de plus par les armes. Il appartient alors à la mise en scène d’en faire autre chose que des contes anachroniques, c’est-à-dire un hymne à la vie mêlé d’interrogations universelles sur le poids des origines dans la constitution de notre identité individuelle.
La prémisse de l’échange de bébés issus de milieux diamétralement opposés, au moins aussi ancienne que La Vie est un long fleuve tranquille d’Etienne Chatiliez, sert ici à interroger subtilement l’appartenance à une philosophie de vie, qui se nourrit justement pour subsister de l’image caricaturale du peuple de l’autre côté du mur immonde, qui sépare Israël de la Cisjordanie. La perte des repères chez ces deux familles emblématiques d’une classe modérée, mais ferme dans ses préjugés, conduit à une sorte de flottement existentiel, à partir duquel tout paraît possible. La narration sait pourtant rester sobre dans sa chronique attachante d’un rapprochement, qui ne se déroule pas sans quelques accrocs. Ce sont ainsi les rares instants où les personnages osent baisser la garde face à l’ennemi héréditaire, qui vont droit au cœur d’un sujet qui dépasse de loin l’état d’esprit borné de cette situation particulière : celui de l’appartenance familiale et de la solidarité indéfectible qui lui est inhérente, en dépit des différents plus ou moins bien fondés.
En somme, la réalisatrice a effectué une transition tout à fait réussie de ses deux premiers films comiques, vers une approche plus sérieuse, quoique nullement sermonneuse. Le sort de cette région hautement instable n’en sera point impacté, mais le point de vue extérieur sur un problème a priori inextricable permet au moins de maintenir un peu d’espoir quant à l’issue bi-latéralement acceptable de cette guerre sourde, qui avait tendance à gronder plus méchamment ces dernières années.

Vu le 5 mars 2012, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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