Absent

Réalisé par Marco Berger (2011)

Drame
Absent
Durée 90 minutes
Sortie 27/07/2011
Note 5/10

L’adolescent Martin Blanco se blesse à l’œil pendant le cours de natation. Son professeur Sebastian le conduit à l’hôpital, où les examens ne révèlent aucune blessure sérieuse. Dans l’incapacité de rejoindre son camarade de classe Juan Pablo chez qui il était censé dormir, Martin accepte l’invitation de son professeur de passer la nuit chez lui. Alors que l’élève se sent attiré par son enseignant, celui-ci est surtout gêné par la présence d’un mineur dans son appartement. Le lendemain, Sebastian considère l’affaire comme close, mais Martin continue de le harceler. Cette relation à sens unique éveille pourtant des sentiments chez Sebastian, qu’il a du mal à s’avouer lui-même et desquels il n’ose pas non plus discuter avec sa copine.

La critique

Par Tootpadu 01/09/2011

Qu’est-ce qu’il nous attriste, l’état actuel du cinéma gay ! Après avoir été passée sous silence jusqu’aux années 1970 environ, l’homosexualité au cinéma a connu son époque rebelle pendant la décennie suivante, avant de s’assagir et de rentrer en quelque sorte dans les rangs du politiquement correct au cours des années ‘90. Depuis, c’est le calme plat, comme si le minimum de reconnaissance légale et sociale que les gays et lesbiennes ont acquis au bout de maintes batailles devant les tribunaux, dans les médias et dans la rue, avait rendu caduc le besoin d’une représentation positive et valorisante, ou au moins controversée, de l’amour et du sexe entre deux hommes ou deux femmes sur grand écran. Tout ce qu’il reste, ce sont des paraboles timides, qui cherchent à démontrer maladroitement que le penchant homosexuel peut frapper n’importe qui, n’importe quand. Le réalisateur argentin Marco Berger est d’une certaine façon le chef de file de ce mouvement d’une banalisation de l’homosexualité, qui n’a d’outrancière et de provocante que sa réticence lâche de prendre parti.
Sorti en France exactement un an après Plan B, Absent se distingue – pas forcément en bien – par son insistance sur le point de basculement où des personnages masculins, qui se croyaient parfaitement hétérosexuels, se rendent soudainement compte qu’ils peuvent éprouver de l’attirance pour d’autres hommes. Cette découverte ne se fait guère dans la joie et la bonne humeur. Elle marque au contraire le début d’une quête identitaire, qui culmine dans le meilleur des cas par un acte d’affirmation honteux. Chez Marco Berger, être pédé, ou pire encore soupçonner qu’on pourrait l’être, rime toujours avec le genre de tourments intérieurs dont le caractère insoutenable était jadis censé donner raison aux réactionnaires les plus homophobes. Surtout parce que l’Argentine n’est pas forcément intolérante dans ces histoires de mœurs, comme peuvent l’être certains pays où des préceptes religieux font la loi, ce point de vue craintif doit paraître comme un pas dans la mauvaise direction, vers un état régressif où les pulsions homosexuelles ne pourraient même plus s’épanouir en cachette, mais où elles seraient confinées à l’esprit troublé d’individus qui n’osent plus s’affirmer.
Le ton très tortueux du film trouve un équivalent pas nécessairement agréable à l’œil dans la dominante noire de la palette visuelle du réalisateur. Le fait de ne pouvoir pratiquement rien distinguer dans les plans nocturnes est sans doute aussi imputable à une projection numérique dont les nuances ne sont point adaptées à une salle aussi minuscule, quoique joliment rénovée, que celle où nous avons rattrapé ce film. Il n’empêche que le tâtonnement du spectateur à travers les décors fort parcimonieusement éclairés du film peut être interprété comme un symbole involontaire de la démarche trop vague du réalisateur. A l’image du professeur, interprété avec une certaine sensualité par Carlos Echevarria, qui n’apprend les nouvelles que par l’intermédiaire de ses collègues bavardes, Marco Berger paraît hors du coup lorsqu’il s’agit de traduire en termes filmiques l’état d’esprit gay actuel. A moins que la fierté communautaire, si expressive dans le temps, ne soit désormais réduite à une peau de chagrin, mi-figue, mi-raisin, qui ignore comme ce film plutôt décevant les véritables enjeux du combat d’une orientation sexuelle malgré tout minoritaire.

Vu le 1er septembre 2011, au Latina, Salle 2, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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