Je m'appelle Ki

Réalisé par Leszek Dawid (2012)

Drame
Je m'appelle Ki
Durée 97 minutes
Sortie 19/12/2012
Note 6/10

Kinga est une jeune mère, qui a le plus grand mal à subvenir aux besoins de son fils Piotrus. Bien qu’elle habite avec le père de l’enfant, Antoni, celui-ci fuit ses responsabilités et la laisse le plus souvent seule avec leur fils. Profondément déçue par Antoni, Kinga le quitte et s’installe dans l’appartement d’une amie et de son co-locataire aux principes bien rigides Mikolaj. Alors qu’elle continue avec ses petits boulots de dépannage, comme poser nue à l’Ecole des Beaux-Arts, elle se voit contrainte de solliciter Mikolaj, afin qu’il se fasse passer auprès des services sociaux pour son fiancé.

La critique

Par Tootpadu 14/11/2012

Le sort des familles monoparentales intéresse assez peu le cinéma. Au mieux, il y est représenté en tant que stade passager, comme si le bonheur des enfants et des adultes dépendait de la formation d’une cellule complète et équilibrée. Ainsi, il existe un sous-genre précis de la comédie romantique qui aspire justement à cette forme de plénitude traditionnelle, où des hommes et des femmes, veufs ou divorcés, retrouvent goût à la vie, grâce à la découverte d’un nouvel amour. Heureusement, ce premier film polonais ne mange pas de ce pain-là et – à notre plus grand soulagement – pas non plus à celui d’un misérabilisme, qui se gave de la dégringolade sociale d’un personnage fragile et en proie à tous les coups durs de la vie. Pour le meilleur et pour le pire, Je m’appelle Ki réussit plutôt l’exploit d’être un film à l’image de son protagoniste, c’est-à-dire d’une femme hautement imparfaite, qui accumule les actes irresponsables tout en cherchant avec une volonté féroce un petit coin de ciel bleu pour elle-même et son fils.
L’instinct maternel précoce s’y livre en effet une bataille assez fascinante contre l’immaturité d’une jeune femme, qui ne veut pas comprendre que ses obligations de mère la prédestinent à une existence plus rangée que son tempérament volcanique et ses fréquentations bohémiennes ne le permettent. Ki est bien consciente qu’elle aura besoin d’un port d’attache, d’une figure paternelle de référence, si elle veut préserver la relation avec son fils, qui occupe en fin de compte une place secondaire dans le grand dessein du récit. En même temps, les besoins matériels et son incapacité de vivre d’autre chose que de l’exposition de son corps dans des endroits plus ou moins sordides rendent sa marge de manœuvre encore plus réduite. Et bien que ses réflexes de survie fonctionnent parfaitement, elle tend également vers une forme d’auto-destruction propre à l’état d’esprit adolescent, qui refuse de grandir et d’assumer pleinement ses responsabilités.
La mise en scène de Leszek Dawid se conforme peut-être un peu trop docilement à cette absence d’une direction claire vers laquelle avancer, dont Ki souffre avant tout. En dehors de quelques plans en plongée depuis le point de vue divin, jolis à regarder mais guère révélateurs d’une ambition narrative clairement établie, l’intrigue avance en titubant, étroitement tributaire du parcours d’une femme aussi bordélique que subtilement attachante. Le ton assez sobre nous permet au moins de ne pas trop nous apitoyer sur ce destin de femme aux accents tragiques jamais inutilement exacerbés.

Vu le 12 novembre 2012, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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