Hasta la vista

Réalisé par Geoffrey Enthoven (2012)

Drame de maladie
Hasta la vista
Durée 114 minutes
Sortie 07/03/2012
Note 7/10

Trois jeunes adultes belges veulent perdre leur virginité. Pour ce faire, ils rêvent de voyager en Espagne, où le bordel El Cielo exaucerait les vœux sexuels de gens comme eux, c’est-à-dire des handicapés. Car Philip, Lars et Jozef sont respectivement tétraplégique, atteint d’un cancer en phase terminale, et malvoyant. Bien que leurs parents soient jour et nuit aux petits soins avec eux, les trois amis préféreraient voler pour une fois de leurs propres ailes, avec l’assistance d’un infirmier diplômé qui les conduirait dans son mini-bus. Contre toute attente, ils sont autorisés à partir, après avoir déguisé ce voyage de dépucelage en une excursion à but œnologique. Mais l’aggravation de l’état de santé de Lars risque de mettre en péril leur projet commun.

La critique

Par Tootpadu 23/02/2012

Très probablement, ce film belge ne remportera en France guère plus qu’un centième du nombre d’entrées exorbitant d’Intouchables. Pourtant, il mériterait largement mieux qu’un succès d’estime, puisqu’il sait aborder le sujet difficile du handicap avec la même fraîcheur décomplexée que le film de Eric Toledano et Olivier Nakache. Le parcours de ces trois amis casse-cou et immatures ressemble en effet de près à celui du riche homme d’affaires à la recherche d’un aide-soignant, par leur volonté de mener une vie des plus ordinaires possibles, malgré l’invalidité. La banalisation d’une vie en fauteuil roulant va ainsi bon train dans ces deux histoires ébouriffantes, qui sont avant tout de formidables leçons de vie. L’odyssée rocambolesque de Philip et ses amis n’émeut pas si profondément parce que le réalisateur Geoffrey Enthoven procéderait à un savant chantage émotionnel, mais au contraire à cause de son refus catégorique de s’apitoyer sur le sort de ces hommes aussi peu angéliques que n’importe quel mâle en rut.
Néanmoins, Hasta la vista n’est nullement un American Pie flamand avec des vannes sur les maladresses de handicapés moteurs en supplément. Son point de vue est infiniment plus franc et subtil que le ton vulgaire des contes de dépucelage habituels aurait pu nous laisser croire. D’abord, parce que les personnages handicapés eux-mêmes ne se font pas de cadeaux entre eux. Leurs échanges se distinguent même par un humour noir assez prononcé, comme si l’expression verbale dénigrante était leur dernière rambarde de défense contre le désespoir d’une vie marquée à jamais par leur condition physique avilissante. Et puis, parce que le fait de se trouver en quelque sorte tout en bas de l’échelle sociale ne les a pas rendus plus sensibles ou compréhensifs par rapport à la discrimination de ceux et celles que nous percevons – dans l’éternel cercle vicieux de la valorisation de soi – comme inférieurs à nous-mêmes. Leur Driss à eux n’est ni grand, ni beau et encore moins souriant en toute circonstance. C’est une infirmière à l’apparence sale et peu accueillante, qui mérite pourtant d’être connue. La grande différence entre la bonne humeur distillée par le film cité plus haut et celui-ci est par conséquent que l’impact humain se ressent encore davantage, lorsqu’il s’appuie sur une beauté intérieure, très difficile à évoquer d’une façon crédible à partir de choses toutes simples, comme une nuit passée à la belle étoile, alors que le contexte « bling-bling » d’une vie matériellement préservée et animée par un jeune premier au charme débordant opère en comparaison tel une invitation au rêve à laquelle il est impossible de se soustraire.
En même temps, cela ne sert pas à grand-chose de comparer le mastodonte français au coup de cœur d’un public hélas plus confidentiel. L’essentiel est de célébrer deux démarches complémentaires, et toutes deux entièrement réussies à leur niveau, qui visent à priver la représentation du handicap au cinéma de son aura malsaine de tabou ou de prétexte à une vulgarisation larmoyante, qui a valu dans le passé une consécration condescendante à bon nombre de comédiens américains de renom, de Dustin Hoffman et Robert De Niro, à Al Pacino et Sean Penn, en passant par Daniel Day-Lewis. Là où ces films célébraient encore avec plus ou moins de tact des bêtes de foire, il n’est désormais plus question que des préoccupations intrinsèquement humaines des personnages handicapés, qui peuvent enfin prétendre à être traités sur un pied d’égalité avec nous tous, ces valides supposés, qui trimballons parfois avec nous des défauts bien plus graves que le fait de ne pas pouvoir marcher, voir, ou entendre.

Vu le 22 février 2012, au Club 13, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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