Boarding Gate

Réalisé par Olivier Assayas (2007)

Drame
Boarding Gate
Durée 106 minutes
Sortie 22/08/2007
Note 7/10

Deux mois après l'avoir quitté, Sandra vient retrouver son amant, l'homme d'affaires Miles Rennberg, à Paris. Elle espère lui soutirer de l'argent, afin de pouvoir s'installer en Chine et recommencer sa vie.

La critique

Par Tootpadu 03/07/2007

Olivier Assayas possède le talent et le courage artistique très rares d'emmener le spectateur vers l'inconnu à travers chacun de ses films. Il est impossible de prévoir comment l'histoire va se terminer ou d'anticiper les nombreux revirements qui bousculent le récit au gré de l'imagination du réalisateur. Regarder un film d'Assayas, surtout ses trois derniers, c'est s'abandonner à un univers très personnel, stimulant et surprenant. Ce genre de risque se paie évidemment parfois par des déceptions, comme ce Demonlover qui s'engouffrait dans une spirale de folie formelle. Mais la progression du cinéaste devient de plus en plus apparente, à travers des oeuvres en voie d'atteindre une plénitude cinématographique inestimable.
L'histoire de Sandra, une femme imprévisible et rebelle, ou peut-être juste le pion dans une manipulation qui la dépasse, est contée par Olivier Assayas avec une liberté passionnante. Le ton qui naît des répliques lourdes de sens, dignes des mélodrames des années 1950, et des sentiments exprimés par des comédiens en état de grâce exerce un pouvoir de fascination inouï. La mélodie qui émane de ce jeu incessant d'attractions et de rejets entre les personnages n'a rien de doux ou d'enchanteur. Mais le style à vif du réalisateur, ainsi que la symbiose quasi parfaite entre le côté dépaysant du récit et son potentiel romantique constamment mis en question, rendent le film hautement fascinant.
En effet, la plongée d'un personnage occidental dans l'univers asiatique étrange et menaçant réussit pleinement là où Lost in Translation de Sofia Coppola se bornait au regard aseptisé du touriste. L'impression d'une perte de repères de la part du spectateur est déjà savamment préparée avant la fuite en Asie. Mais ce n'est qu'après le voyage que la désillusion gagne également le personnage principal, une femme dont on ne sait jamais trop si elle est faible ou forte, si c'est elle qui mène la danse ou si elle est l'outil dispensable d'un plan machiavélique.
Cette part d'ombre et d'incertitude, Asia Argento l'incorpore brillamment dans son interprétation ! Elle sait donner corps aux interrogations d'une femme revenue de tout, qui ignore pourtant toujours où elle veut aller. A ses côtés, Michael Madsen excelle également dans un rôle qui met à profit à la fois son aspect fruste et une part plus délicate, qu'il avait plutôt l'habitude de cacher dans ses interprétations de dur à cuire.
Jusqu'à présent le film le plus accompli et en même temps le plus polymorphe d'Olivier Assayas !

Vu le 2 juillet 2007, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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