Tatsumi

Réalisé par Eric Khoo (2012)

Anime
Tatsumi
Durée 96 minutes
Sortie 01/02/2012
Note 5/10

La vie du célèbre dessinateur de mangas Yoshihiro Tatsumi, vue à travers le prisme de son œuvre. Féru de bandes dessinées dès son adolescence dans l’immédiat après-guerre, il a pu rencontrer son idole Osamu Tezuka et devenir son élève, tant que cette icône des mangas pour enfants vivait à Osaka. Plus tard, il a su s’affranchi de cette influence – à l’image du Japon qui était devenu autonome suite à l’occupation américaine – pour devenir un des pionniers du gekiga, un versant du manga qui traite de sujets pour adultes.

La critique

Par Tootpadu 06/02/2012

Exclusivement destiné à un public adulte, ce film d’animation qui nous vient du Singapour est un drôle d’hybride entre l’hommage à un dessinateur de légende, la relecture de l’Histoire japonaise du siècle dernier par le biais des bouleversements économiques, et le condensé d’un corpus d’histoires pessimistes sorties de la plume de Yoshihiro Tatsumi. L’état d’esprit fataliste de ce dernier est omniprésent dans Tatsumi, même si le fil rouge de sa biographie tend à se perdre dans le récit inutilement alambiqué que le réalisateur Eric Khoo nous a élaboré. En effet, le lien entre les différents personnages et l’histoire cadre de la lente ascension de Tatsumi dans le monde de l’édition de mangas gagne trop tard en évidence pour pouvoir revigorer rétrospectivement une structure narrative, qui déroute plus qu’elle ne donne accès aux secrets d’une imagination débordant de fantasmes malsains.
Le principal attrait de ce film au style d’animation qui ne cherche, lui non plus, un côté beau et réconfortant aux décors désolants qu’il dépeint, c’est que les épisodes successifs qui rythment plutôt approximativement le récit optent presque toujours pour le dénouement le plus néfaste de ces vignettes de la vie quotidienne glauque, dans un pays dont la renaissance sociale ne profite pas à tout le monde. Il peut ainsi arriver qu’un photographe traumatisé par ce qu’il a vu après l’attaque nucléaire ait recours à un meurtre lâche pour préserver sa renommée humanitaire, qu’un ouvrier perde son bras dans un accident de travail et qu’il devienne par la suite un maître de singe indigne et naïf, qu’une prostituée au service des soldats américains se console dans les bras de son vieux père gâteux, ou qu’un médiocre dessinateur de mangas pour enfants devienne un gribouilleur honteux de tagues obscènes dans les toilettes publiques. L’accumulation de ces intrigues sordides produit toutefois un sentiment d’écœurement et de rejet, là où elle aurait dû nous mener vers une appréciation du talent de Tatsumi dans l’art d’aborder sans fard les grands drames et les petites tragédies d’une société nippone en perte de valeurs morales.
Lorsque le retour sur la vraie vie du dessinateur est compressé sous forme de quelques photos au fil du générique de fin, il devient hélas évident que la tentative de Eric Khoo d’aborder autrement la tâche fastidieuse de la biographie filmique n’a pas vraiment porté ses fruits. Dans le meilleur des cas, elle aura permis de découvrir un aspect méconnu des mangas, à mi-chemin entre les aventures fantastiques ou roses-bonbon pour les enfants et les romans-porno, sans pour autant éveiller notre envie d’en savoir davantage.

Vu le 2 février 2012, au MK2 Bibliothèque, Salle 10, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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