Take shelter
Réalisé par Jeff Nichols (2012)
Anticipation
| Durée | 121 minutes |
| Sortie | 04/01/2012 |
| Note | 6/10 |
Hanté depuis quelques jours par des cauchemars sur une tempête extraordinaire, Curtis LaForche n’arrive plus à remplir ses responsabilités familiales et professionnelles. Ces rêves prémonitoires, qui deviennent chaque nuit plus menaçants, l’incitent à agrandir l’abri contre les tornades dans son jardin. Son comportement, d’autant plus préoccupant que sa mère avait été diagnostiquée d’une maladie mentale au même âge, ne manque pas d’alarmer son entourage.
La critique
Par Tootpadu 23/01/2012
« Si tu le construis, ils viendront ! » : l’idée d’un projet insensé qui a été soufflée à un père de famille tout à fait normal par des voies abstraites et qui ensuite a été mise en exécution par le biais d’une opération de réaménagement fantaisiste du jardin au sens large, cette prémisse donc ne date pas d’hier comme l’indique cette citation en guise de préambule, issue de Jusqu’au bout du rêve de Phil Alden Robinson. L’objectif du deuxième film de Jeff Nichols n’est pourtant pas de faire chaud au cœur par les voies impénétrables du cinéma, mais plutôt d’instaurer un climat d’insécurité, de doute et de crainte, qui se situe pas très loin du film d’horreur, les dispositifs formels en moins. Le parcours du protagoniste de Take shelter s’apparente ainsi à celui dans l’excellent Bug de William Friedkin, déjà interprété par Michael Shannon, à la différence cruciale près que le ton de ce film-ci s’efforce de toujours rester à cheval entre la normalité et la folie supposée de Curtis.
Le récit avance en effet avec une subtilité remarquable, qui n’est démentie que par le retour légèrement trop répétitif des rêves et cette conclusion qui ressemble plus à une mauvaise blague qu’à la confirmation cataclysmique des appréhensions du personnage principal. Alors que l’énième attente de la fin du monde et le contexte actuel de la crise économique qui s’installe et qui n’incite guère à l’optimisme devraient favoriser une interprétation presque opportuniste du film, le ton de ce dernier sait suffisamment rester dans l’ambiguïté pour se dérober à pareil soupçon d’une approche superficielle. La démarche du réalisateur s’oriente plutôt vers le caractère intemporel du conte inquiétant, dont les vérités soigneusement enfouies en disent long sur la peur universelle de perdre la raison, voire de perdre toutes les possessions matérielles et humaines auxquelles on tient le plus par la faute d’une catastrophe.
Même sans la confirmation tardive des visions de Curtis – à moins qu’il ne s’agisse de l’ultime rêve, celui qui procède à la confrontation sans issue des deux extrêmes, du bonheur pendant les vacances à la plage et de la tempête à laquelle l’homme est désormais livrée sans pouvoir s’abriter –, le climat jouit d’une intensité sourde qui accentue encore la fragilité de la vie de tous les jours, en sursis tant que l’équilibre mental ne soit pas perturbé par quelques rêves étranges. Le jeu très convaincant de Michael Shannon et de Jessica Chastain en couple mis rudement à l’épreuve par ces lubies inexplicables met en plus l’accent sur la nature incertaine de la vie conjugale, et ces unions qui perdurent, bon an mal an.
Le récit avance en effet avec une subtilité remarquable, qui n’est démentie que par le retour légèrement trop répétitif des rêves et cette conclusion qui ressemble plus à une mauvaise blague qu’à la confirmation cataclysmique des appréhensions du personnage principal. Alors que l’énième attente de la fin du monde et le contexte actuel de la crise économique qui s’installe et qui n’incite guère à l’optimisme devraient favoriser une interprétation presque opportuniste du film, le ton de ce dernier sait suffisamment rester dans l’ambiguïté pour se dérober à pareil soupçon d’une approche superficielle. La démarche du réalisateur s’oriente plutôt vers le caractère intemporel du conte inquiétant, dont les vérités soigneusement enfouies en disent long sur la peur universelle de perdre la raison, voire de perdre toutes les possessions matérielles et humaines auxquelles on tient le plus par la faute d’une catastrophe.
Même sans la confirmation tardive des visions de Curtis – à moins qu’il ne s’agisse de l’ultime rêve, celui qui procède à la confrontation sans issue des deux extrêmes, du bonheur pendant les vacances à la plage et de la tempête à laquelle l’homme est désormais livrée sans pouvoir s’abriter –, le climat jouit d’une intensité sourde qui accentue encore la fragilité de la vie de tous les jours, en sursis tant que l’équilibre mental ne soit pas perturbé par quelques rêves étranges. Le jeu très convaincant de Michael Shannon et de Jessica Chastain en couple mis rudement à l’épreuve par ces lubies inexplicables met en plus l’accent sur la nature incertaine de la vie conjugale, et ces unions qui perdurent, bon an mal an.
Vu le 19 janvier 2012, à l’UGC Ciné Cité Bercy, Salle 24, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10