Une nuit
Réalisé par Philippe Lefebvre (2012)
| Durée | 101 minutes |
| Sortie | 04/01/2012 |
| Note | 6/10 |
Comme tous les soirs, le commandant de la brigade mondaine Simon Weiss parcourt les points chauds de la vie nocturne de Paris, à bord d’une voiture de fonction conduite par un chauffeur. Ce soir-là, ce rôle échoue pour la première fois à la jeune gradée de police Laurence Deray, qui accompagne donc ce flic de terrain dans un zigzag solitaire à travers les rues désertes de la capitale. Alors que Weiss cherche à échapper à la surveillance de l’inspection générale des services, à ses trousses pour différentes affaires de corruption, son ami de longue date et patron d’un circuit de bars Tony Garcia devra s’accommoder des méthodes musclées de son concurrent Jo Linder.
La critique
Par Tootpadu 21/12/2011
Personne ne va ainsi s’apitoyer sur le sort de la pègre que le commandant Weiss doit superviser pendant sa virée nocturne. Les enjeux moraux sont tenus à leur strict minimum dans le contexte d’un jeu du chat et de la souris, qui ne produit aucun gagnant mais juste des survivants. Passer la nuit sans se faire doubler par ses concurrents, sans se faire trahir par ses alliés supposés, voire sans se faire descendre de sang froid, voilà ce qui compte dans le milieu glauque des quatre coins de la capitale, que la voiture banalisée du flic quadrille dans un éternel mouvement sans but précis. Le rôle de la police n’est pas d’imposer la loi dans cet espace qui sait de toute façon s’y soustraire, soit en graissant la patte aux hommes haut placés, soit en végétant dans le vase clos des bars miteux et des boîtes clinquantes qui ne servent après tout que de façade aux trafics en tout genre. Les forces de l’ordre n’y interviennent que pour prévenir les débordements sur la voie publique, qui rythment comme autant d’actes de bonne volonté superficielle une intrigue au parfum nihiliste clairement défini.
Le protagoniste de ce film sombre n’est pas simplement un ripou. Il peut davantage être compris – et apprécié grâce à l’interprétation magistrale d’un Roschdy Zem qui avance une fois de plus, après Commis d’office de Hannelore Cayre, en terrain miné – comme le dernier bastion à peu près respectable, mais certainement lucide quant à son propre rôle dans ce marasme d’affaires louches, contre les excès les plus inquiétants de la loi du plus fort. Faire naître une sorte de sympathie mêlée de précaution à l’égard de cet homme, qui joue avec bravoure un double jeu entre ses intérêts personnels et les prérogatives de son métier, jusqu’à ce que les masques tombent un peu trop disgracieusement à notre goût pendant l’épilogue, cela n’est pas le moindre des mérites de ce film vigoureux et palpitant.
Vu le 20 décembre 2011, à la Salle UGC