Ordre et la morale (L')
Réalisé par Mathieu Kassovitz (2011)
| Durée | 132 minutes |
| Sortie | 16/11/2011 |
| Note | 6/10 |
En avril 1988 en Nouvelle-Calédonie, un groupe d’indépendantistes Kanaks attaquent un poste de police, tuant quatre gendarmes et en enlevant trente. Dépêché immédiatement sur place, le capitaine Philippe Legorjus, commandant d’une unité du GIGN, devra se soumettre à l’hiérarchie militaire, puisque peu de temps avant l’élection présidentielle, le premier ministre sortant Jacques Chirac a également envoyé un détachement important de l’Armée de terre, afin de régler cet affront à la république au plus vite. Alors que le premier groupe d’otages dans le sud de l’île est libéré sans effusion de sang, le deuxième, retenu dans une grotte au nord, ne pourra compter que sur la volonté de négociation du capitaine pour éviter que l’appareil militaire attaque avec toute sa force.
La critique
Par Tootpadu 19/12/2011
Pourtant, ce drame assez sobre dans sa forme – sauf quand Mathieu Kassovitz tombe amoureux des prises en contre-plongée des hélicoptères qui s’élèvent vers le ciel et quand il cherche à faire passer son message en s’adressant directement au spectateur – déroule avec un savoir-faire incontestable la chronique d’une tragédie annoncée. La progression imperturbable vers le jour fatidique n’est ainsi pas ponctuée par des coups de théâtre tonitruants ou des drames humanitaires émotionnellement manipulateurs. Elle obéit davantage aux lois complexes et usantes des tractations politiques et des manœuvres militaires, qui ne font qu’aggraver la situation. A la fois pauvre en méchants caricaturaux et en héros sans reproche – là encore à l’exception du réalisateur qui s’est donné lui-même le beau rôle de l’intermédiaire sans véritable autorité –, l’intrigue nous emmène avec une capacité de persuasion remarquable vers le labyrinthe des trafics d’influence et autres jeux d’intérêt personnel, qui ne prennent à aucun moment les revendications des Kanaks au sérieux. Alors que l’établissement d’un lien indirect avec la lutte contre le terrorisme à grande échelle qui préoccupe actuellement nos nations faussement préservées peut paraître poussif, tout comme l’amalgame fait entre les beaux parleurs Mitterrand et Chirac au moment du débat télévisé, la prise de position du film sur les dernières velléités coloniales de la France dénote positivement par sa justesse, mêlée à un sentiment profond d’impuissance face à ces mécanismes d’assujettissement toujours en vigueur de nos jours.
Le sort des peuples des territoires d’outre-mer ne paraît visiblement pas préoccuper le gros des spectateurs de cinéma français. Il n’empêche que, dans la limite du point de vue assez condescendant de l’homme blanc qui vole au secours des pauvres indigènes mis en difficulté par leur propre faute et dans celle plus anecdotique d’un réalisateur qui ne sait toujours pas se priver complètement de quelques touches narcissiques, ce film dresse un bilan engagé et engageant des lacunes préoccupantes de la politique « étrangère » d’une république, qui prône haut et fort l’égalité des droits pour tous.
Vu le 15 décembre 2011, au Studio Galande