Dernière séance
Réalisé par Laurent Achard (2011)
Thriller
| Durée | 81 minutes |
| Sortie | 07/12/2011 |
| Note | 4/10 |
Sylvain est l’homme à tout faire d’un cinéma de répertoire en province. A la fois projectionniste, programmateur et caissier, il met tout son temps et sa passion du cinéma au service de l’établissement, qui devra pourtant fermer ses portes dans quelques jours pour laisser la place à un magasin. Ignorant volontairement l’imminence de cette fin annoncée, Sylvain passe ses nuits à poursuivre des pulsions moins avouables, en poignardant des femmes croisées par hasard.
La critique
Par Tootpadu 18/11/2011
Le cauchemar d’un cinéphile se matérialise dans le troisième film de Laurent Achard. Pas tant celui de voir l’Histoire du Septième art en général, et celle du cinéma de genre, du giallo et des films de tueurs en série en particulier, traitées sans le moindre égard pour le versant viscéral de ce qui est, et ce qui sera pour toujours, un drôle de mélange entre le divertissement des foules et l’inspiration des quelques obsédés du grand écran. Au contraire, la culture cinématographique du réalisateur ne fait guère de doute, puisqu’il sait rendre hommage à des œuvres aussi diverses que French cancan de Jean Renoir et l’infiniment plus confidentiel Femmes femmes de Paul Vecchiali. Non, l’aspect le plus décevant de Dernière séance est que toute cette érudition soit sollicitée au profit d’une histoire hautement bancale, qui ne fait pratiquement rien pour rendre la relecture de ces codes filmiques anciens plus enrichissante.
Bien qu’il n’y ait aucune pénurie à constater ici du côté de la panoplie fétichiste propre aux contes de voyeurs et d’autres pervers excités par l’assouvissement de leurs fantasmes enfantins, la construction de cet édifice filmique en marge de la société et de la bienséance repose sur du vent, ou plus précisément sur le genre de traumatisme caricatural que l’on ne trouvait jadis que chez les émules besogneux du maître Hitchcock. L’inclusion des quelques retours en arrière vers l’enfance de Sylvain pour évoquer l’origine à la fois de son dévouement au cinéma de papa et de ses rapports pour le moins problématiques avec les femmes fournit au récit le type d’explication, dont la banalité psychologique a déjà dû paraître peu crédible, quand la complexité du récit n’était pas encore la norme pour les thrillers haletants et aux multiples niveaux de lecture. L’évidence quasiment pragmatique avec laquelle la mise en scène mène l’intrigue ne surprend ainsi à aucun moment. Elle ne fait que confirmer mollement toutes les idées reçues que les scénaristes les moins consciencieux nous présentent depuis des décennies comme des faits établis en matière de tueurs compulsifs.
Ce jeune homme réservé et idéaliste tue donc machinalement, sans le moindre état d’âme, et sans effet de surprise non plus dans la disposition des différentes scènes de crime. Une lassitude prononcée découle rapidement du schéma répétitif de ce rituel, qui aboutira à une collection très bizarre de trophées cinématographiques, hélas là encore trop étroitement liée à une scène marquante du passé du protagoniste. Très tôt, le seul et unique enjeu de l’intrigue prévisible sera donc de savoir comment Sylvain parviendra à bout de son obsession. Des trois options envisageables pour clore un tel bain de sang sinistre – entre l’arrestation par la police, la guérison grâce aux bienfaits d’une relation plutôt saine avec l’actrice débutante, et une déchéance grandiloquente que le tueur s’infligerait par ses propres moyens –, le scénario se décide malheureusement pour celle qui mène définitivement le récit vers la surenchère des symboles faciles. Depuis le début, ceux-ci n’étaient de toute façon pas employés à bon escient dans un film, qui rate ainsi assez misérablement son ambition d’être une sorte de « slasher » intimiste.
Bien qu’il n’y ait aucune pénurie à constater ici du côté de la panoplie fétichiste propre aux contes de voyeurs et d’autres pervers excités par l’assouvissement de leurs fantasmes enfantins, la construction de cet édifice filmique en marge de la société et de la bienséance repose sur du vent, ou plus précisément sur le genre de traumatisme caricatural que l’on ne trouvait jadis que chez les émules besogneux du maître Hitchcock. L’inclusion des quelques retours en arrière vers l’enfance de Sylvain pour évoquer l’origine à la fois de son dévouement au cinéma de papa et de ses rapports pour le moins problématiques avec les femmes fournit au récit le type d’explication, dont la banalité psychologique a déjà dû paraître peu crédible, quand la complexité du récit n’était pas encore la norme pour les thrillers haletants et aux multiples niveaux de lecture. L’évidence quasiment pragmatique avec laquelle la mise en scène mène l’intrigue ne surprend ainsi à aucun moment. Elle ne fait que confirmer mollement toutes les idées reçues que les scénaristes les moins consciencieux nous présentent depuis des décennies comme des faits établis en matière de tueurs compulsifs.
Ce jeune homme réservé et idéaliste tue donc machinalement, sans le moindre état d’âme, et sans effet de surprise non plus dans la disposition des différentes scènes de crime. Une lassitude prononcée découle rapidement du schéma répétitif de ce rituel, qui aboutira à une collection très bizarre de trophées cinématographiques, hélas là encore trop étroitement liée à une scène marquante du passé du protagoniste. Très tôt, le seul et unique enjeu de l’intrigue prévisible sera donc de savoir comment Sylvain parviendra à bout de son obsession. Des trois options envisageables pour clore un tel bain de sang sinistre – entre l’arrestation par la police, la guérison grâce aux bienfaits d’une relation plutôt saine avec l’actrice débutante, et une déchéance grandiloquente que le tueur s’infligerait par ses propres moyens –, le scénario se décide malheureusement pour celle qui mène définitivement le récit vers la surenchère des symboles faciles. Depuis le début, ceux-ci n’étaient de toute façon pas employés à bon escient dans un film, qui rate ainsi assez misérablement son ambition d’être une sorte de « slasher » intimiste.
Vu le 17 novembre 2011, au Club Marbeuf
★★★★☆☆☆☆☆☆
4/10