L'outsider

L'outsider
Durée:117 minutes
Réalisateur:Christophe Barratier
Sortie:Cinéma
Date:22 juin 2016
Note:

On connaît tous Kerviel, l’opérateur de marchés de 31 ans dont les prises de risque auraient pu, en 2008, faire basculer la Société Générale - voire même le système financier mondial… Kerviel est condamné deux ans plus tard à cinq ans de prison dont trois ferme et aux plus lourds dommages-intérêts jamais vus pour un particulier: 4,9 milliards d’euros ! Mais que sait-on de Jérôme ?… Entré dans la banque par la petite porte en 2000, personne n’aurait pu prédire que le jeune Breton parviendrait à devenir trader 5 ans plus tard. Et Jérôme Kerviel va gagner ses galons et sa place en apprenant vite. Très vite. Jusqu’à fin 2007, il sera dans une spirale de réussite : « une bonne gagneuse », « une cash-machine » - comme le surnommaient ses collègues…

Critique de Mulder

Il aura fallu attendre pratiquement cinq années pour découvrir le nouveau film du réalisateur et scénariste Christophe Barratier. Ses deux premiers films avaient été des succès critiques et publiques (Les Choristes (2003) et Faubourg 36 (2008)) dans lesquels la musique occupait une place prépondérante et avait révélé de nouveaux talents comme Jean Baptiste Maunier (pour le premier) et Nora Arnezeder (pour le second). Ils témoignaient aussi d’une volonté de retrouver le souffle épique des films qui ont marqué notre passé cinématographique. La Nouvelle guerre des boutons remake d’un classique du cinéma signé Yves Robert (1962) avait déçu par sa comparaison avec celui-ci. Le titre du film porte ainsi une double connotation car il marque le retour d’un réalisateur adulé du public mais aussi porte toute son attention sur une affaire qui a défrayé les chroniques : l’affaire Jérôme Kerviel. Ces retrouvailles méritent d’être saluées par son résultat brillant et surtout par une interprétation solide de deux grands comédiens Arthur Dupont et François-Xavier Demaison totalement investis dans leur rôle.

Le film dresse ainsi de manière captivante et parfaitement ciselée le portrait d’un jeune opérateur de marchés prêt à tout pour réussir y compris jouer sa place mais aussi celle de la société pour laquelle il a travaillé La Société Générale. Ce trader condamné initialement à verser la somme de 4.9 milliards d’euros et à cinq ans de prison dont trois fermes aura connu une véritable traversée du désert. C’est du livre qu’il a écrit pour relayer sa propre histoire et publié en 2010, L’engrenage mémoires d’un trader sur lequel le réalisateur et son co-scénariste Laurent Turner ont tiré un scénario captivant, compréhensif et surtout dressant un triste constant du milieu guère recommandable des traders jouant constamment avec les règles d’un marché quitte à déstabiliser tous le système économique. Ce triste constat est réellement inquiétant. Le film s’inscrit donc après les excellents Le Loup de Wall Street (2013), Margin call (2011), Wall Street (1987) et The Big Short : le casse du siècle (2015) dans le cadre des thrillers boursiers. Le réalisateur et scénariste signe ainsi avec L’outsider son film le plus maîtrisé mais surtout témoigne de nouveau d’un véritable talent de narrateur. Son film est passionnant et surtout s’inscrit dans un réalisme voulu loin des excès de l’excellent film de Martin Scorsese Le Loup de Wall Street.

Loin d’être une hagiographie, le scénario dresse le portrait d’un homme au parcours prometteur qui finit par succomber au système et à lui faire payer chèrement des erreurs de jugement. En cela l’outsider se révèle totalement réussi car il montre d’une manière neutre les faits qui se sont produits (romancés ou non) dans lequel la réalité semble vouloir être la volonté principale. Pour donner vie à ce film il fallait trouver un casting parfait et surtout des comédiens sachant parfaitement donner vie à leur personnage. Ancien trader, le comédien François-Xavier Demaison dans le rôle du mentor, Keller, de Jérôme Kerviel est simplement parfaitement à l’aise et capte totalement notre adhésion. Loin des comédiens qui ont fait sa renommée (Divorces (2009), il était une fois une fois (2011), Les vacances du petit Nicolas (2014)), il donne vie à un personnage aussi arrogeant qui maîtrise parfaitement les rouages du système et ses failles. Celui-ci garde cependant un certain respect des règles ce que le personnage de Jérome Kerviel finit par totalement oublier pour s’imposer comme une simple machine à cash, une bonne gagneuse et surtout atteindre ses objectifs annuels.

Le réalisateur et scénariste s’est totalement investi dans son film au point de faire de longues recherches et livrer un film d’une justesse irréprochable. Son film n’est certes pas un biopic se basant que sur la réalité des faits, il laisse une part à la fiction et surtout tient à rendre cette histoire captivante et accessible. Le côté technique du métier de trader, ses salles de training, leur manière de fonctionner révèlent d’une véritable enquête de ce milieu. De la même manière la réussite du film tient également au comédien Arthur Dupont (Maintenant ou jamais (2013), La vie est belge (2014)) qui se révèle parfait en montrant les nombreuses failles de son personnage. Son duo avec le comédien François-Xavier Demaison donne au film toute sa force et nous captive sans relâcher à un seul moment notre attention.

L’outsider fait parti de ses très belles surprises de cette année cinématographique. Un film qui marque non seulement le retour triomphant d’un grand réalisateur mais surtout nous laisse totalement médusé et perplexe par ces rouages imparfaits de notre système capitaliste pouvant à chaque instant déraillé et entrainé tout un pays dans une crise économique grave comme celle que nous traversons actuellement. Loin d’être un plaidoyer pour Jérome Kerviel et le discriminer des faits, le film est surtout le témoin d’un système bancaire totalement défaillant dans lequel la réussite est le seul objectif.

Vu le 24 juin 2016 au Gaumont Disney Village, Salle 5

Note de Mulder: