Polisse

Réalisé par Maïwenn Le Besco (2011)

Policier
Polisse
Durée 127 minutes
Sortie 19/10/2011
Note 7/10

Mandatée par le ministère de l’intérieur, la photographe Melissa arrive dans la brigade de protection des mineurs dans l’est parisien, dont elle suivra pendant quelques semaines le quotidien, entre les dépositions de parents pédophiles et d’adolescents dévergondés, et les actions sur le terrain pour retrouver des bébés enlevés ou faire une descente dans un campement de Roumains.

Les critiques

Par Mulder 01/11/2011

Voilà le film qui a fait le plus couler d'encre cette année lors du festival de Cannes, par son approche très réaliste d'une cellule de police, celle de la brigade de Protection des mineurs. Leur quotidien est celui des gardes à vue des pédophiles, des interrogatoires féroces des parents incriminés et de leurs enfants. Ce film se fonde sur de nombreux témoignages et cas ayant été traités par cette cellule. Malgré des moyens que l'on sait très réduits, ces policiers mettent tout leur cœur pour affronter ce monde glauque de vices et de pauvreté exacerbée. Pour leur rendre honneur, il fallait une réalisatrice et scénariste qui s'engage sans concession pour présenter au public cette œuvre.

Après trois films d'auteur passés plus ou moins inaperçus dans nos salles malgré des critiques élogieuses, Maïwenn nous livre son film le plus intéressant à ce jour. Elle est surtout une actrice passée derrière la caméra et cela se ressent dans la manière de diriger son casting principal, soit notamment Karine Viard (renversante), Marina Fois (césarisable) et surtout Joey Starr (impressionnant de justesse). A défaut d'un scénario qui aurait gagné en faisant croître une certaine tension, pourtant palpable dans certaines scènes entre les membres de cette cellule, la linéarité de ce film fait que nous ne pouvons pas nous plonger corps et âme dans ce monde.

Comme la photographe interprétée par Maiwenn – qui ne se donne pas le meilleur rôle puisqu’il manque de profondeur –, nous sommes de simples observateurs d'un monde, qui se détraque économiquement, socialement et surtout psychologiquement. Triste constat d'une société où des mœurs horribles créent une génération susceptible de faire revivre à leurs enfants ce que l'une de leur parents leur a fait subir. Malgré des moyens réduits, ces policiers gardiens de la tranquillité de ce monde font leur possible pour le maintenir en équilibre. Le personnage de Fred, interprété par Joey Starr, est un écorché vif et blessé par ces enfants meurtris, qui met toute son âme dans son travail. Il nous montre que certains sont prêts à laisser tout leur être dans leur travail, tellement celui-ci est une partie d’eux-mêmes.

La caméra de Maïwenn nous livre donc des portraits de policiers écorchés vifs. Son film respire le réalisme et malgré le fait que la réalisatrice souhaite montrer le côté cocasse de certaines scènes, cela a pour effet non pas d'apaiser les choses, mais au contraire de les dénaturer, ce qui n'est pas une bonne idée en soi. Dans un tel monde abjecte, l'humour n'a pas sa place. Au contraire, là ou on attendait une peinture sans concession, on est un peu gêné de ce parti pris de cette grande réalisatrice au demeurant. Cela est imputable au fait qu'elle a voulu faire de son film d'auteur un film commercial.

Reste que et Polisse et The Artist, tous les deux primés à Cannes, sont deux excellents films français. Le fait d'assister à de tels films dans cette crise actuelle du cinéma français est toujours très salutaire.

Vu le 20 octobre 2011, au Gaumont Disney Village, Salle 8

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

Par Tootpadu 25/10/2011

La misère sociale exposée dans le troisième film de la réalisatrice Maïwenn Le Besco est souvent insoutenable. Nous sommes en effet sortis lessivés de ce prix du jury au dernier festival de Cannes, qui suit le quotidien d’une brigade policière sans misérabilisme, mais avec un sens aigu de la réalité et de l’humanité des faits scabreux qui rythment magistralement le récit. La narration n’y perd pas de temps à théoriser sur les différents cas d’abus sexuels commis sur des enfants, ni à dresser un bilan social alarmant face à tant de perversion abjecte. Elle nous plonge davantage, corps et âme, avec des rires et des larmes, dans une urgence vécue à vif, contre laquelle les remparts psychologiques et institutionnels ne sont pas toujours d’un grand secours.
Le portrait formidable d’une profession qui fait jour après jour le genre de sale boulot qu’une société hypocrite préfère taire, Polisse est pourtant un film viscéral, qui nous prend pendant deux heures aux tripes, pour nous lâcher ensuite dans la jungle parisienne où les vices de la pédophilie et de la violence sexuelle ne sont ni plus, ni moins répandus que dans deux autres sélections cannoises tout aussi choquantes. A l’image de Michael de Markus Schleinzer et de Beauty de Oliver Hermanus, ce film-ci opère un regard assez distant sur les aberrations de mœurs dont les plus faibles ou les plus innocents tombent cruellement victimes. La différence majeure par rapport à ces études quasiment cliniques sur des monstres dissimulés dans la vie courante, c’est que dans le cas présent, la routine et le sentiment tenace d’impuissance de la part des hommes et des femmes de la brigade de protection des mineurs ne les ont pas rendus hermétiques à la souffrance des autres. Au contraire, la confrontation permanente à la lie morale du peuple les empêche d’avoir une vie privée ordinaire. Le fait de vivre constamment à cran, de ne pas savoir quel type de cas social va se poser sur la chaise des bureaux dépourvus d’intimité, a des répercussions néfastes sur la sphère privée des policiers, que le scénario explore amplement.
La mise en scène poignante de Maïwenn Le Besco s’efforce en effet à rendre humainement crédible, et donc forcément faillible, un ensemble de personnages qui est interprété avec maestria par ce que le cinéma français a de mieux à offrir de nos jours. Elle attaque de front les peines et les rares joies de ce groupe de collègues, qui ne peut compter que sur ce cercle fermé des rares initiés aux dessous dégoûtants de la ville pour un peu de réconfort et de compréhension. L’équilibre qu’elle atteint entre ces moments totalement opposés d’une intensité, qui émeut profondément ou qui relâche au contraire la tension, est particulièrement prodigieux dans le cadre d’un film, qui ne prétend jamais disposer de la solution miracle face à tant de malheur. Les héros mal payés et mal aimés de ce coup de poing cinématographique ont ainsi beau faire du cas par cas face à chaque nouvelle situation désespérante, leur action aura au mieux un impact symbolique dans une société en pleine perte de ses repères moraux.

Vu le 25 octobre 2011, au MK2 Bibliothèque, Salle B
★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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