Beauty

Réalisé par Oliver Hermanus (2011)

Drame, Interdit aux moins de 16 ans
Beauty
Durée 105 minutes
Sortie 12/10/2011
Note 6/10

Lors du mariage de sa fille aînée, François Van Heerden, un entrepreneur respecté de la communauté blanche de Bloemfontain en Afrique du Sud, revoit pour la première fois depuis sept ans son neveu Christian. Ce jeune avocat débutant, beau et sûr de lui, éveille chez son oncle la sorte d’attirance physique que François a toujours su cacher de sa famille. Alors que Christian repart après les festivités à l’autre bout du pays pour finir ses études au Cap, son oncle n’est pas prêt à se remettre de ce coup de foudre secret.

La critique

Par Tootpadu 12/10/2011

Au début de ce film sud-africain, la caméra avance doucement à travers les convives d’une réception. Il devient vite apparent qu’il s’agit d’un mariage. Or, ce n’est pas le nouveau couple qui attire l’attention du regard inquisiteur de la caméra, mais un jeune homme à l’allure séduisante, un sosie plus charmant de Josh Duhamel en quelque sorte, qui discute avec des femmes à l’écart du tohu-bohu des congratulations. Le contre-champs de ce premier plan nous dévoile l’origine de cette observation plutôt amoureuse du bellâtre : il s’agit d’un homme d’un certain âge, pas particulièrement beau, à qui l’on aurait presque envie de pardonner cette parenthèse de fantasme gay dans le contexte aussi lénifiant et conformiste qu’un mariage. Son voyeurisme perd cependant toute son innocence dès que nous apprenons, au plan souvent, que l’homme âgé est le père de la mariée et que l’objet de sa convoitise – du coup un peu déplacée – est son neveu qu’il n’a pas vu depuis longtemps. La progression délicate du malaise qui s’installe dès le début de Beauty, à cause de la différence d’âge, de l’attirance en sens unique, et du côté incestueux de l’affaire, va se poursuivre tout au long du film, au fur et à mesure que les aspects honteux de la vie de François sont dévoilés et que son obsession de Christian bascule vers le harcèlement monstrueux.
Dans le milieu social auquel le personnage principal appartient, exclusivement blanc et pas qu’un peu nostalgique des repères plus clairs et favorables à son égard de l’apartheid, l’homosexualité ne se vit pas au grand jour, mais en cachette, lors de réunions de baise auxquelles seuls les initiés sont conviés. La monotonie du quotidien petit-bourgeois de François ne laisse guère de place pour assumer une orientation sexuelle, qui dénote forcément dans la vision réactionnaire du monde que cultive encore la diaspora afrikaans. La peur d’être découvert et les subterfuges employés pour essayer de vivre un amour condamné par la société, ce sont là les vestiges pénibles de l’état d’esprit des années 1980 et avant, qui ne fait plus d’émules que dans des microcosmes sectaires comme celui-ci ou par exemple la communauté juive ultra-orthodoxe de Tu n’aimeras point de Haim Tabakman. La nature de la relation entre l’oncle et son neveu, qui se résume essentiellement en quelques tentatives maladroites de François d’être près de Christian, instaure par contre un climat de culpabilité et de haine de soi encore plus grand que celui entre le boucher et son apprenti, puisqu’elle n’est assumée que lors de la séquence violente qui a valu son interdiction aux mineurs de moins de seize ans au film d’Oliver Hermanus.
Le mensonge existentiel du personnage principal pèse comme une chape de plomb sur l’intrigue, rythmée par des micro-événements sans importance qui servent surtout à accentuer le sentiment de frustration de cet homme, qui ne sait plus comment s’accommoder du placard dont il n’a jamais osé sortir. L’ennui et la routine caractérisent un quotidien tout à fait banal, que la narration retranscrit à travers des plans très longs, presque contemplatifs de cette inertie généralisée qu’un coup de foudre, aussi unilatéral soit-il, ne ferait que perturber inutilement. Alors qu’un film plus romantiquement incliné aurait peut-être eu tendance à faire voler ce carcan social en éclats, grâce à l’affirmation timide de la différence et une relation homosexuelle plus saine qu’une séance de coups tirés une fois par mois sur une ferme isolée ou la surveillance maladive d’un beau gosse hors d’atteinte, en dépit des liens familiaux qui abolissent au moins la première barrière de l’anonymat, le deuxième film du réalisateur n’accorde aucune issue à la frustration omniprésente de son protagoniste, à qui il ne reste que la descente aux enfers par le biais de la spirale descendante d’une sortie de parking.
Tandis que Charlie Keegan dans le rôle de Christian correspond parfaitement au jeune adulte encore peu familier des opportunités et des risques que son aspect physique pourra lui réserver, Deon Lotz dans celui de François livre le portrait nullement complaisant, voire passionnant dans son refus de rendre son personnage aimable, d’un homme qui ne sait justement plus aimer à force de soumettre ses pulsions gaies aux mœurs hypocrites de sa communauté rétrograde.

Vu le 4 octobre 2011, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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