Notre paradis

Réalisé par Gaël Morel (2011)

Drame
Notre paradis
Durée 101 minutes
Sortie 28/09/2011
Note 5/10

Vassili est un prostitué parisien qui compense le manque à gagner à cause de son âge – une trentaine piètrement assumée – en assassinant la plupart de ses clients. Un jour, il trouve au Bois de Boulogne un jeune homme inanimé. Il le réveille, le recueille chez lui, et nettoie sa plaie due à une agression. Puisque son nouvel ami ne veut pas lui donner son nom, il l’appelle Angelo, en hommage au tatouage que l’inconnu a sur le bas ventre. Vassili et Angelo deviennent amants et complices dans une virée de prostitution aux mains ensanglantées.

La critique

Par Tootpadu 13/10/2011

Peut-être Yasmine Belmadi, une autre égérie du cinéma gay français de la fin des années 1990, n’avait-il pas tout à fait tort de s’éclipser involontairement, en mourant il y a deux ans dans un accident de scooter ? Du même âge que Stéphane Rideau, il a au moins évité grâce à cette sortie de route précipitée et nullement préméditée de devenir un fantasme ambulant en perte de vitesse, dont les premiers signes d’un vieillissement inéluctable rendront forcément ses admirateurs d’alors nostalgiques, et aussi un peu tristes. Généralement peu présente sur les écrans de cinéma ces temps-ci, la découverte sensuelle des Roseaux sauvages est réduite à s’illustrer – et accessoirement à se mettre à poil – encore et encore dans le même genre de rôle du pédé ténébreux et menaçant, un registre que désormais seul Salim Kechiouche pourra hélas lui disputer. Le sort du cinéma a en effet été cruel avec ces comédiens autrefois jeunes et fringants, auxquels il ne reste désormais, faute de carrière en dehors du créneau gay, que la répétition éternelle de leurs personnages initiaux, jusqu’à ce que la vieillesse ait raison de cet emploi de plus en plus grotesque.
Gaël Morel, son ancien acolyte des débuts prometteurs chez André Téchiné, ne fait pas non plus de cadeau à Stéphane Rideau dans son cinquième film en tant que réalisateur. Il y explore une fois de plus une homosexualité en marge de la société, cet endroit décrié où l’amour entre deux hommes ou deux femmes est visiblement toujours confiné, s’il faut croire les films à thématique gaie plutôt misérables, voire misérabilistes, de ces dernières années. Le choix le plus douteux de Notre paradis d’un point de vue moral ne se situe cependant pas du côté d’une représentation assez dégradante de la sexualité, avec une panoplie de pratiques déviantes qui mériterait à elle seule l’interdiction du film aux moins de seize ans, si elle n’était pas montrée avec un brin d’ironie. Non, l’aspect le plus désagréable de ce film, qui ne cherche de toute façon pas à plaire, en dépit d’une mise en scène pleinement assurée, c’est l’empressement de procéder à une sorte d’apologie romantique du crime, comme une relecture du mythe de Bonnie et Clyde, version gaie et glauque.
Aucun sursaut de conscience ne vient ainsi tempérer la folie meurtrière des deux amants, qui deviennent de plus en plus monstrueux au lieu de gagner en humanité. Même la rupture géographique à travers le départ dans la région lyonnaise, pratiquement au milieu du film, ne parvient pas à apporter un peu de cette poésie du désespoir, qui avait tellement sublimé l’avant-dernier film du réalisateur. Il ne reste qu’un sentiment déplaisant de dégoût ici : le dégoût de devoir assister à la perte galopante d’érotisme de Stéphane Rideau, que l’on retrouvera probablement dans dix ans dans un film qui met encore plus à nu son corps mal entretenu ; et surtout le dégoût de voir la narration adroite de Gaël Morel se soumettre lâchement à une intrigue peuplée de petit pervers et de grandes folles, qui trouveront avec une régularité ennuyeuse une fin atroce.

Vu le 13 octobre 2011, au Reflet Médicis, Salle 2

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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