Daniel et Ana

Réalisé par Michel Franco (2010)

Drame
Daniel et Ana
Durée 89 minutes
Sortie 31/03/2010
Note 6/10

Daniel et Ana Torres sont les enfants insouciants d'une famille aisée de Mexico. Tandis qu'Ana prépare fébrilement son mariage avec Rafa, prévu trois mois plus tard, son jeune frère Daniel poursuit avec la même implication son entraînement pour le marathon. Lors d'une course anodine en voiture, ils sont enlevés en plein jour par des inconnus. Séquestrés et terrifiés à mort, Daniel et Ana s'adonnent sous la menace à un acte, qui bouleversera profondément et irrémédiablement leur relation autrefois harmonieuse.

La critique

Par Tootpadu 09/03/2010

Michael Haneke et Gus Van Sant ne renieraient pas ce premier film mexicain, grave et dérangeant, sur un air de Felix Mendelssohn Bartholdy. Comme dans les oeuvres les plus marquantes de ces deux réalisateurs emblématiques, ce film-ci s'intéresse au dérèglement cataclysmique d'un quotidien préservé, suite à un acte de violence entièrement gratuit. Sauf que, contrairement à la tension croissante qui rendait Funny Games U.S. et Elephant aussi insoutenables, l'appréhension d'une catastrophe qui anéantira le bonheur innocent des personnages se décharge assez rapidement ici sur Daniel et Ana. Le but du film n'est alors plus de culminer sur la négation de toute notion de civilisation, mais de montrer à quel point les conséquences psychologiques d'un abus si pervers s'avèrent néfastes pour les victimes.
Le vide moral dans lequel le frère et la soeur sont plongés par le crime qu'ils subissent est alors au moins aussi éprouvant, pour eux et pour le spectateur, que la honte irrationnelle qui plombe la conscience des victimes d'abus sexuels. Leur mutisme envers leurs parents ou les autorités légales, complètement ignorants des faits, les enferme dans une isolation choisie, que seule Ana est capable de rompre au moins partiellement grâce à la consultation anonyme d'une psychologue. Cependant, les séquelles vont encore plus en profondeur chez Daniel, par le biais d'un sentiment de culpabilité qui gangrène les rapports avec sa soeur et sa famille, au point de l'inciter à perpétuer le cercle de la violence, déclenché par le crime initial. Sa réaction terrifiante, suite à l'asservissement sexuel qui avait motivé l'enlèvement, ne paraît ainsi pas tellement absurde, mais plutôt logique dans un raisonnement qui privilégie la thèse d'une destruction définitive des repères moraux après une telle humiliation.
La mise en scène de Michel Franco suit la descente aux enfers de ses jeunes protagonistes avec un recul et un esprit de la dissection à froid des dysfonctionnements sociaux, qui la rapproche au moins autant du style des deux réalisateurs cités plus haut que les motifs plus ouvertement en référence à leur esthétique, comme ces quelques plans des têtes des personnages vues de dos. Même si les explications écrites au début et à la fin de Daniel et Ana cherchent un peu trop délibérément à rapprocher l'intrigue de la réalité, c'est surtout l'aspect clinique et passablement désespérant de son côté fictif qui nous a subjugués.

Vu le 8 mars 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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