Neds
Réalisé par Peter Mullan (2011)
| Durée | 124 minutes |
| Sortie | 31/08/2011 |
| Note | 7/10 |
A la sortie de l’école primaire, le jeune John McGill a toutes ses chances pour s’affranchir de ses origines modestes. Deuxième de sa classe, il est en effet promis à une scolarité brillante au collège. Mais dans les quartiers de Glasgow au début des années 1970, ce sont les jeunes frappes qui font la loi. Après avoir été intimidé par l’un d’entre eux, John jouit de la réputation de son frère aîné Benny, un des meneurs de ces bandes de jeunes voyous : en bien parce que sa protection lui facilite l’entrée dans le groupe, et en mal, puisque le proviseur ne voit en lui qu’un futur délinquant de plus.
La critique
Par Tootpadu 28/06/2011
Très tôt, Neds nous indique les deux seules voies qui se présentent à John : soit il finira comme son frère, le paria de la famille, soit il restera de la même façon à l’écart de la vie sociale de ses camarades, en tant que crâneur dont l’ambition et l’intellect le mettront forcément à part. Il est tout à fait à l’honneur du film et à celui de la mise en scène vigoureuse, mais subtile, de Peter Mullan, que ce choix cornélien ne se fasse pas d’une façon clairement tranchée. Grâce à sa lucidité, John connaît fort bien les tenants et les aboutissants de ces deux existences possibles. Chaque fois qu’il arrive au sommet de ces deux extrêmes sociaux, il vit cependant une sorte de révélation, souvent douloureuse, qui lui montre qu’il fait fausse route. Ces coups d’arrêt brutaux peuvent prendre la forme d’un rejet social, guère moins violent et blessant que les différentes raclées que l’adolescent paumé ne prend pas toujours à son corps défendant, voire celle, forcément plus symbolique, d’une bagarre avec le Christ en personne.
La finesse avec laquelle la narration nous fait subir cette résignation en une situation inextricable, qui finit par laisser John, accompagné du rappel constant de ses crimes passés, parmi les bêtes sauvages, sauve le film du constat social grossier. Car ce conte sombre sur des laissés-pour-compte qui auraient mérité mieux de la part de leur environnement social dans sa globalité, que de se retrouver assis entre deux chaises, ne lésine pas toujours sur les clichés, comme ce père alcoolique que le réalisateur joue lui-même. L’excès dans la description de ces travers d’une vie, à laquelle il est quasiment impossible de s’extraire, apporte néanmoins une dimension tragique au récit, qui retrouve du coup la même rage sans concession qui avait déjà rendu indispensable le film précédent de ce réalisateur hélas trop rare !
Vu le 27 juin 2011, à la Salle Pathé François 1er, en VO