Monde de Barney (Le)

Réalisé par Richard J. Lewis (2011)

Drame
Monde de Barney (Le)
Durée 131 minutes
Sortie 07/09/2011
Note 6/10

Le jour de la publication d’un livre sur un fait divers compromettant de son passé, le producteur de télé vieillissant Barney Panofsky se souvient de sa vie. De ses trois mariages, qui se sont terminées sans exception d’une façon tragique, de son père, et de ses amis. En somme, d’une existence qui a connu des hauts et des bas, ainsi qu’un nombre considérable d’erreurs pour lesquels cet homme au caractère incorrigible n’est pas prêt à s’excuser.

La critique

Par Tootpadu 31/08/2011

A première vue, le protagoniste de ce film canadien est si antipathique et l’histoire de sa vie si bêtement mélodramatique, qu’on aurait été sérieusement tenté de qualifier Le Monde de Barney de téléfilm de luxe, sorti tardivement au cinéma en France. L’ampleur épique du récit, qui voit défiler les décors et les personnages au fil d’une vie bien remplie, se serait en effet aisément prêtée au format narratif du feuilleton, avec une des frasques de cette tête de mule égoïste au cœur de chaque épisode. Or, cette adaptation du roman de Mordecai Richler a opté pour une structure plus resserrée, qui arrive néanmoins à dégager assez subtilement l’essence d’une vie extraordinaire. A travers l’enchevêtrement plutôt adroit de quelques moments clefs de la biographie du personnage fictif Barney Panofsky, ce film réussit même à préserver une certaine sagesse philosophique dans un environnement chargé en poncifs de toutes sortes, représentés pourtant avec une élégance narrative notable.
Il serait sans doute hâtif de réduire les soixante et quelques années de la vie du personnage principal à un verre d’alcool et un cigare. Toutefois, c’est à ces symboles d’un savoir-vivre hédoniste que le vocabulaire visuel du réalisateur Richard J. Lewis revient périodiquement, comme pour mieux rythmer à travers eux ce récit à faible valeur d’apprentissage. Car Barney n’a pas mis à profit le temps que le destin lui a accordé afin de devenir un producteur de télé brillant ou un père de famille aimant qui s’éteindra paisiblement, entouré de ses proches. Le scénario ne lui accorde pas pareille faveur. Au contraire, il insiste sur ses imperfections, sans s’en délecter malicieusement. Ainsi, le fait que ce tour d’horizon des souvenirs se termine sur la note sombre de la perte de la mémoire relève de la même ironie du sort que l’incapacité de Barney de garder intacts sur la durée les rares moments d’accomplissement et de bonheur, qui dénoteraient presque dans une série de mésaventures pour lesquelles il ne peut s’en vouloir qu’à lui-même.
En plus de la bande originale enjouée de Pasquale Catalano et du maquillage discret nommé aux Oscars, ce film excelle surtout dans l’attribution systématique de contre-emplois aux acteurs chevronnés qui constituent sa distribution prestigieuse, à commencer par Paul Giamatti dans le rôle titre, qui a d’ailleurs été récompensé du Golden Globe du Meilleur acteur dans une comédie pour ce film guère marrant. Alors que nous avons l’habitude de voir cet acteur très fiable dans la peau de personnages complexés ou maniaques, il confère avec brio toute l’aura débonnaire à cet homme trop nombriliste pour se rendre réellement compte des dégâts que son comportement sans égards peut causer. De la même façon, Minnie Driver nous surprend en harpie juive, Bruce Greenwood en rival pacifique, Dustin Hoffman en père incommode mais chaleureux, et avant tout Rosamund Pike en femme de rêve aux principes inébranlables. Enfin, comme pour mieux souligner le caractère canadien de cette production, quelques réalisateurs phares de ce pays y font une apparition anecdotique, comme David Cronenberg ou Denys Arcand.

Vu le 30 août 2011, au Balzac, Salle 1, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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