Donne-moi la main

Réalisé par Pascal-Alex Vincent (2009)

Drame
Donne-moi la main
Durée 80 minutes
Sortie 18/02/2009
Note 6/10

Les frères jumeaux Antoine et Quentin ont quitté à l'improviste la boulangerie paternelle, afin d'assister à l'enterrement de leur mère, qu'ils n'ont guère connue, à Pasaia, en Espagne. A pied, en train ou en stop, leur parcours mettra à jour leurs différences et exacerbera leurs conflits.

La critique

Par Tootpadu 29/01/2009

D'abord, ce beau premier film nous prend au dépourvu, avec une séquence animée qui met le ton, entre le jeu et la rivalité, pour l'odyssée étrange qui va suivre. Plus encore que la poésie de la nature, qui lorgne un peu trop du côté de Terrence Malick, c'est la sensualité ambiante qui rend ce film aussi fascinant. En dehors de leur statut d'objets sexuels, en proie à toutes sortes de désirs malsains ou sincères, les frères jumeaux interagissent à travers un curieux rapport de dépendance et d'opposition physique. Leur ressemblance accentue encore leur différence de caractère et leur façon de gérer les imprévus de leur périple.
Dans un tel climat de bagarres incessantes, vécues comme le passage obligé de l'enfance à l'âge adulte, et de fantasmes omniprésents, auxquels Antoine et Quentin répondent avec un empressement variable, rien n'est jamais fixé d'avance. Le récit plane ainsi dans la suspension envoûtante de l'imprévisible. Le but du voyage n'est pas sa destination, ni les personnages, plus ou moins assoifés de sexe, qui émaillent le chemin. Au coeur de Donne-moi la main se trouve plutôt cette relation en crise des deux frères, qui se soldera par la coupure définitve du cordon ombilical symbolique qui les liait jusque là.
Que l'élément déclencheur de l'antagonisme profond entre les jumeaux soit l'homosexualité de l'un ne peut pas vraiment être reproché au film. A l'encontre des autres rencontres sexuelles fugaces, qui se consomment à l'arrière d'un camion ou dans les bois, la nuit passée avec Hakim, interprété par le séduisant Samir Harrag, est la seule d'entre elles qui laisse entrevoir une possibilité de continuation. Sauf que l'âme vagabonde des frères, ou plutôt l'impératif de ne pas se séparer qui exerce encore son influence à ce moment-là, rend cette romance aussi hypothétique et éphémère que les autres. Le trajet d'Antoine et de Quentin mène aussi à cela : à la liberté nouvellement gagnée de décider pour soi-même et non plus en binôme.

Vu le 27 janvier 2009, à la Salle Pathé Lincoln

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Retour à la liste des Critiques