Départ (Le)
Réalisé par Jerzy Skolimowski (2011)
| Durée | 89 minutes |
| Sortie | 07/09/2011 |
| Note | 7/10 |
A Bruxelles, le garçon coiffeur Marc ne rêve que de bolides et de rallyes. Il s’est justement inscrit à un de ces derniers avec la Porsche de son patron, qu’il emprunte illégalement de temps en temps pour s’entraîner pendant la nuit, avec son collègue comme co-pilote. Pas de chance, cette voiture ne sera plus disponible pendant le week-end de la course tant attendue. Il ne reste alors plus que deux jours à Marc pour dénicher une Porsche quelconque. C’est une entreprise d’autant plus hasardeuse qu’il n’a pas les moyens pour en louer une.
La critique
Par Tootpadu 25/08/2011
Le sérieux ne compte en effet que très rarement parmi les nombreuses ressources que Marc n’hésite pas à mettre en œuvre pour parvenir à ses fins. L’absurde et l’autodérision font bien plus l’affaire quand l’unique but véritable du scénario consiste à se procurer une Porsche par quelque moyen que ce soit. Comme dans bon nombre de films de cette période de maturité de la Nouvelle Vague, l’essentiel ne se trouve pas du côté d’une intrigue rudimentaire, mais dans l’expression d’un état d’esprit et d’une façon d’être par le biais d’un vocabulaire cinématographique dont les excès aventureux laissent rêveur. La mise en scène de Jerzy Skolimowski ne fait pas dans la dentelle pour capter autant que possible l’énergie inépuisable de Jean-Pierre Léaud sur pellicule. De passage en Belgique pour une drôle de commande avant de s’exiler en Angleterre, le réalisateur polonais sait néanmoins conférer à son film une densité formelle, qui ne trouve d’égal que dans le débordement infatigable de son acteur principal.
La carrière de Jean-Pierre Léaud a certes connu des hauts et des bas. Mais rarement un réalisateur, en dehors de Truffaut et de Godard, ne lui a-t-il offert un tel rôle en or sur un plateau que celui de ce garçon coiffeur, profondément comique et en même temps atteint d’une mélancolie qui ne peut se consumer in extremis qu’avec la disparition pure et simple de la pellicule. Cette interprétation magistrale était probablement son dernier sursaut de génie, avant la perte irrémédiable d’une certaine innocence, déjà mise en péril ici à travers la séquence astucieuse de la fellation dans la voiture. Sa boulimie de vivre, de bouger, de faire rire malgré lui, mais aussi d’émouvoir sans crier gare, n’a en tout cas rarement été plus enthousiasmante que dans ce petit chef-d’œuvre des années 1960, une décennie qui se prêtait donc à pareille démesure sans arrière-pensée politiquement correcte ou incorrecte.
Vu le 25 août 2011, au Club Marbeuf