Bien-aimés (Les)

Réalisé par Christophe Honoré (2011)

Comédie musicale
Bien-aimés (Les)
Durée 139 minutes
Sortie 24/08/2011
Note 6/10

En 1964, la vendeuse de chaussures Madeleine trouve une activité secondaire en tant que prostituée à Paris. Elle tombe amoureuse d’un de ses clients, le médecin tchèque Jaromil, qu’elle suivra à Prague, où elle élèvera leur fille Vera. Divorcée au bout de quelques années et revenue à Paris, Madeleine continue cependant de fréquenter Jaromil, en dépit de son mariage avec le gendarme François. Sa fille Vera mène une vie sentimentale guère plus stable : devenue prof d’anglais, elle fréquente sporadiquement son collègue Clément, jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse du musicien américain Henderson, qu’elle a rencontré à Londres en 1997.

La critique

Par Tootpadu 01/08/2011

Le mal de vivre et celui encore plus éprouvant d’aimer sont une fois de plus les thèmes principaux dans ce nouveau film de Christophe Honoré, présenté en clôture du dernier festival de Cannes. Le vague à l’âme qui accable les personnages au fil du temps, se frayant son chemin de génération en génération, paraît même encore un peu plus prononcé ici que dans les films précédents de ce réalisateur, des préoccupations duquel nous nous sentons assez proches à la fois d’un point de vue esthétique et thématique. Comme dans le passé, il y est question de liens familiaux tendus, de liaisons sentimentales minées impitoyablement par le destin, d’un rapport à l’homosexualité pas vraiment gay, ainsi que plus globalement d’une conception de la vie qui cherche à conférer un peu de couleur et de style à l’usure du quotidien par le biais d’un ton mélodramatique et quelques chansons attachées à la mélancolie propre à une certaine tradition française. Autant dire que Christophe Honoré court parfois le risque de piétiner dans Les Bien-aimés, alors que ses films antérieurs qui nous ont le plus enthousiasmés savaient justement insuffler un vent de fraîcheur dans son univers personnel, voire dans le genre du drame sentimental en général.
Cette sensation de familiarité et de déjà-vu passe également par les retrouvailles avec quelques uns de ses comédiens attitrés, comme Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier, et Louis Garrel, sans que l’arrivée de sang neuf sous les traits de Catherine Deneuve – carrément prédestinée par sa filmographie à faire tôt ou tard un tour du côté de chez Honoré - et de Milos Forman – dont le casting relève plus de l’opportunisme que d’un talent dramatique insoupçonné – ne change perceptiblement la donne. La reconnaissance des motifs et des emplois récurrents constitue peut-être même la plus grande faiblesse potentielle du film, puisque cette démarche de comparaison soulève les aspects inférieurs par rapport à une réussite incontestée comme Les Chansons d’amour par exemple, sans que des signes distinctifs suffisamment intéressants ne se dégagent qui contribueraient à la valorisation de cette saga des sentiments tortueux.
En effet, le récit a beau multiplier les époques et les endroits, il peine néanmoins à susciter un attachement fort à un fil de l’intrigue ou une ville en particulier. Entre Paris, Prague, Reims, Montréal, et Londres, pour ne citer que les décors les plus emblématiques, le choix est vaste, mais nous préférons aisément à ce vagabondage cosmopolite un cadre plus restreint et reconnaissable, telle la rive gauche dans Dans Paris. De même, les différentes affaires plus ou moins assouvies nous font ressentir surtout un goût d’inachevé, comme si le ton lourd de regrets et de frustrations à peine contournées que la mise en scène recherche visiblement, était trop narcissique pour provoquer le même genre d’engouement que les ébats de cœur à peine plus joyeux des films précédents de Christophe Honoré.
En somme, Les Bien-aimés n’est pas le film qui nous fera renoncer à l’admiration que nous cultivons à l’égard de son créateur. Mais c’est hélas celui qui contribue le moins à élargir l’horizon dans la forme et dans le fond d’un univers cinématographique qui nous est autrement très cher.

Vu le 28 juillet 2011, au Cinéma du Panthéon

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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