Hunter (The)
Réalisé par Rafi Pitts (2011)
Drame
| Durée | 91 minutes |
| Sortie | 16/02/2011 |
| Note | 6/10 |
Depuis sa sortie de prison, Ali travaille comme gardien de nuit. Ses horaires ne lui permettent guère de voir sa fille Saba et sa femme Sara. Quand elles meurent dans les émeutes qui secouent la ville, Ali, un chasseur avisé, décide de se venger de la police.
La critique
Par Tootpadu 16/01/2011
Le cinéma iranien est en crise. Ce déclin récent tout à fait regrettable s’explique moins par une pénurie de talents prometteurs, qui prendraient la relève de Abbas Kiarostami et ses contemporains, que par les circonstances politiques, néfastes pour la création artistique, qui règnent actuellement en Iran. En envoyant les cinéastes derrière les barreaux, au lieu d’encourager une production cinématographique autonome, le régime iranien confirme la très mauvaise réputation dont il jouit dans les pays occidentaux, alors qu’il serait si facile de promouvoir une antithèse contre l’idéologie américaine par le biais de films comme The Hunter, qui prend adroitement à rebrousse-poil les codes de lecture et les modèles de narration, par lesquels le cinéma hollywoodien cherche à nous conditionner depuis des lustres.
Le réalisateur Rafi Pitts s’approprie en effet très tôt une narration aux bifurcations temporelles astucieuses. L’observation initiale des différentes occupations du personnage principal – la chasse, les trajets en voiture, l’arrivée chez lui, le travail – instaure d’emblée une sorte de subjectivité abstraite, qui sera mise à profit ultérieurement. Contrairement à la pléthore de films américains à l’intrigue semblable, cette variation iranienne sur le thème du veuf meurtri, qui a recours à la violence pour adoucir la souffrance causée par la perte de celles qui lui étaient les plus chères, n’inscrit pas la démarche de ce dernier dans le contexte d’une réquisition à la fois morale et dramatique. L’action impassible et aléatoire d’Ali est davantage en phase avec le rythme envoûtant de ce film fascinant. Elle sert tout juste à mettre vaguement en cause le travail de la police, mais sans que la croisade du protagoniste ne lui confère une supériorité éthique quelconque.
Ce n’est point l’exacerbation du trait qui préoccupe le scénario, mais une tentative plutôt réussie de brouiller les pistes, entre le tempérament réservé d’Ali, la tragédie familiale qui lui arrive, sa réaction étrangement réfléchie, et le périple de la dernière partie du film. Celle-ci se solde par un dénouement qui laisse plus de questions ouvertes, qu’il n’apporte l’assurance factice du maintien in extremis du statu quo. En ce sens, The Hunter ne se réclame pas tant d’une voix à l’opposé du cinéma américain, qu’il se rapproche de la contre-culture filmique des glorieuses années 1970, quand l’éclosion du cinéma indépendant à grande échelle permettait un point de vue en décalage avec les produits aseptisé des studios hollywoodiens. Dommage alors que les responsables iraniens n’aient pas perçu le potentiel d’un tel film, infiniment plus à même de proposer une alternative recevable à la dominance américaine que toutes les menaces nucléaires et autres actes ostentatoires d’agressivité et d’intégrisme réunis !
Le réalisateur Rafi Pitts s’approprie en effet très tôt une narration aux bifurcations temporelles astucieuses. L’observation initiale des différentes occupations du personnage principal – la chasse, les trajets en voiture, l’arrivée chez lui, le travail – instaure d’emblée une sorte de subjectivité abstraite, qui sera mise à profit ultérieurement. Contrairement à la pléthore de films américains à l’intrigue semblable, cette variation iranienne sur le thème du veuf meurtri, qui a recours à la violence pour adoucir la souffrance causée par la perte de celles qui lui étaient les plus chères, n’inscrit pas la démarche de ce dernier dans le contexte d’une réquisition à la fois morale et dramatique. L’action impassible et aléatoire d’Ali est davantage en phase avec le rythme envoûtant de ce film fascinant. Elle sert tout juste à mettre vaguement en cause le travail de la police, mais sans que la croisade du protagoniste ne lui confère une supériorité éthique quelconque.
Ce n’est point l’exacerbation du trait qui préoccupe le scénario, mais une tentative plutôt réussie de brouiller les pistes, entre le tempérament réservé d’Ali, la tragédie familiale qui lui arrive, sa réaction étrangement réfléchie, et le périple de la dernière partie du film. Celle-ci se solde par un dénouement qui laisse plus de questions ouvertes, qu’il n’apporte l’assurance factice du maintien in extremis du statu quo. En ce sens, The Hunter ne se réclame pas tant d’une voix à l’opposé du cinéma américain, qu’il se rapproche de la contre-culture filmique des glorieuses années 1970, quand l’éclosion du cinéma indépendant à grande échelle permettait un point de vue en décalage avec les produits aseptisé des studios hollywoodiens. Dommage alors que les responsables iraniens n’aient pas perçu le potentiel d’un tel film, infiniment plus à même de proposer une alternative recevable à la dominance américaine que toutes les menaces nucléaires et autres actes ostentatoires d’agressivité et d’intégrisme réunis !
Vu le 10 janvier 2011, au Club de l'Etoile, en VO
★★★★★★☆☆☆☆
6/10