Lettres et révolutions
Réalisé par Flavia Castro (2011)
| Durée | 107 minutes |
| Sortie | 22/06/2011 |
| Note | 5/10 |
Le 4 octobre 1984, l’ancien militant de l’extrême gauche Celso Castro meurt au cours d’un hold-up à Porto Alegre. Selon la version officielle des faits, il se serait introduit chez un ancien nazi et haut dignitaire paraguayen, qu’il aurait pris en otage à l’arrivée de la police. Il se serait donné la mort, après avoir tué son compagnon, à l’assaut des forces de l’ordre. La fille de Celso, la réalisatrice Flavia Castro, doute depuis toujours de cette histoire bizarre sur la fin d’un père qu’elle n’a connu que par intermittences. En se rappelant son enfance, avec de nombreux déménagements à travers l’Amérique latine, au gré des impératifs révolutionnaires, elle cherche à comprendre comment la vie de son père a pu culminer prématurément en un fait divers aussi sordide.
La critique
Par Tootpadu 13/06/2011
Cette honte héréditaire prend certes le rôle de moteur pour toutes les recherches que la réalisatrice entreprend dans la multitude de pays par laquelle son père est passé. Il devient par contre de plus en plus apparent que c’est un motif insuffisant pour justifier une quelconque ambition qui dépasserait le cadre familial. Chaque individu trimballe avec lui des traumatismes causés par une biographie plus ou moins heureuse, mais ce n’est pas une raison pour en faire obligatoirement un film. Le démarrage de ce documentaire, engagé mais pas forcément pertinent, s’avère ainsi plutôt laborieux, à l’image des pièces disparates du puzzle de la disparition violente du père qui ne forment pas encore un aperçu compréhensible. Les choses se clarifient au fur et à mesure que l’action du père et ses convictions nous deviennent plus familières : c’est un homme idéaliste qui met son engagement dans les ligues communistes révolutionnaires au dessus de l’épanouissement de sa vie familiale. Là où son parcours personnel est pour le moins chaotique, avec la proverbiale femme dans chaque port, il se dégage en même temps de ses choix radicaux une pureté, qui force le respect.
Le point principal de faiblesse de ce documentaire est de laisser s’effondrer misérablement l’édifice érigé à la gloire du père, quand il devient clair que sa mort restera pour toujours un mystère. Pire encore, il est probable que la brillante carrière clandestine de Celso Castro ait connu un coup d’arrêt brutal dès son retour au Brésil, et que ses dernières années aient été marquées par une déroute psychologique et physique conséquente. La dimension humaine, voire tragique, de ce combattant pour une cause peut-être perdue d’avance se voit certes accrue par sa disparition dépourvue d’une explication raisonnable. Son déclin le ramène simultanément au bercail familial, où sa mort soulève toujours l’indignation même un quart de siècle plus tard, alors qu’il aurait fallu d’un rôle de martyr irréprochable pour rendre son destin réellement intéressant aux yeux d’un public sans attaches personnelles avec ce révolutionnaire de second ordre.
Tout ce qui reste donc à la fin du film, c’est la mélancolie d’une vie gâchée par l’incapacité de s’adapter à l’évolution du statu quo, qui remplaçait les adversaires forcenés d’antan par des bureaucrates sans angles d’attaque. Et c’est également le regret que Flavia Castro n’ait pas trouvé une explication plus satisfaisante à ses interrogations, ce qui lui aurait sans doute permis de conclure son documentaire sur une note moins amère.
Vu le 8 juin 2011, à la Salle Pathé Lincoln, en VO