Glengarry

Glengarry
Titre original:Glengarry
Réalisateur:James Foley
Sortie:Cinéma
Durée:101 minutes
Date:13 janvier 1993
Note:
Ils sont quatre à s'arracher les adresses les plus porteuses pour conclure un contrat. Shelley Levene, Ricky Roma, Dave Moss et George Aaronow travaillent comme commercial dans l'équipe de John Williamson. Récemment, les ventes ont été lentes et la direction décide alors d'envoyer un dirigeant pour dynamiser ses employés. Le concept est simple : les deux plus grands chiffres d'affaire recevront des cadeaux et les nouveaux contacts tous chauds de Glengarry, tous les autres seront virés.

Critique de Tootpadu

Devoir vendre des choses dont personne ne veut n'est pas un métier facile. Et ce travail frustrant et épuisant au quotidien est encore moins enviable quand les affaires conclues se font rares, tout comme les revenus qui vont en s'amenuisant. L'adaptation de la pièce de David Mamet au cinéma ne fait donc point dans la complaisance, mais elle insiste sur de dures réalités du monde professionnel. La philosophie du couronnement de la performance et de l'exclusion des valeurs humaines qu'elle interroge, a même encore gagné en cruauté imperturbablement calée sur l'appât du gain, par rapport à l'évolution du climat économique et social ces quinze dernières années. De nos jours, marqués par une mise en question constante des acquis sociaux et des droits des employés (le feu CPE et consorts), le genre de pratiques de gestion du personnel et des conditions de travail, encore d'apparence exagérée au début des années 1990, est tout à fait monnaie courante.
Cependant, le constat social amer du film n'est que la cerise sur le gateau d'une oeuvre magistrale. Brillamment écrite, l'intrigue s'agence avec une précision parfaite, jusqu'à la symétrie irréprochable entre les deux actes (le soir et le matin durent 50 minutes chacun). Toujours un maître de la réplique ciselée, David Mamet signe ici un de ses scénarios les plus accomplis, avec Le Verdict et Des hommes d'influence. Les échanges explosifs et vociférants fusent à une vitesse impressionnante. Et les personnages gagnent une profondeur hors pair mi-attachante, mi-dégoûtante, donc viscéralement humaine.
De toute façon, comment ne pas être subjugué par un ensemble d'acteurs royal, composé de Jack Lemmon, Al Pacino, Ed Harris, Alan Arkin, Kevin Spacey, et Alec Baldwin, qui sont tous, sans exception, au sommet de leur art ? Surtout Lemmon donne la somme magnifique de la carrière d'un acteur remarquable, d'une véracité et d'une vulnérabilité étonnantes, toujours au fil du rasoir mais sans la moindre fausse note. Là où son Shelley se trouve irrémédiablement au bout du rouleau, le Ricky Roma de Pacino est un gagnant irrésistible, charmant et lisse.
Le scénario et les interprétations excellents ne constituent pourtant pas la réelle surprise du film. Nous ne nous expliquons en effet toujours pas comment un réalisateur aussi médiocre que James Foley dans la plupart de ses films, dont le dernier (Confidences) n'avait rien d'alléchant, a pu créer un film aussi élégant et maîtrisé ... Il réussit en effet à donner un aspect visuel et un rythme très dynamiques à un récit qui aurait pu se laisser saper par la morosité du cadre (la pluie, le bureau désordonné). La photographie aux jeux de lumière sophistiqués de Juan Ruiz Anchia apporte enfin la touche finale à une adaptation théâtrale en tous points exemplaire !

Revu le 17 avril 2006, en DVD, en VO
Revu le 21 avril 2006, en DVD, en VO

Note de Tootpadu: