Je n'ai rien oublié
Réalisé par Bruno Chiche (2011)
| Durée | 98 minutes |
| Sortie | 30/03/2011 |
| Note | 6/10 |
Peu de temps après avoir accidentellement mis le feu à la maison de vacances de la famille Senn, dont il était le gardien, Conrad Lang fait irruption au mariage de Philippe Senn, le fils de son ami d’enfance Thomas. La vieille matriarche Elvira voit d’un mauvais œil le retour de cet homme du passé, qui remue par maladresse le couteau dans la plaie de querelles familiales anciennes. Pour calmer sa mauvaise conscience face à cet individu qui a toujours vécu aux crochets des Senn, elle l’installe dans un appartement près de l’usine familiale. Simone, la jeune épouse de Philippe, s’intéresse de près à Conrad et à ses souvenirs d’enfance, qui remontent à la surface, en tant que premiers signes de la maladie d’Alzheimer.
La critique
Par Tootpadu 29/03/2011
Au lieu de nous fournir facilement un prétexte pour nous apitoyer sur le sort de ce pauvre bougre, exploité jusqu’au bout par une famille de rapaces, voire de vautours sociaux, le récit procède à un mouvement étonnamment élégant vers l’éclaircissement du mystère. Les indices sont assez révélateurs pour permettre aux spectateurs perspicaces de se douter des véritables motivations des personnages avant le dénouement sur un ton doux-amer. Cependant, la construction narrative du récit s’est faite avec tant de finesse que même un dispositif aussi éculé que la belle-fille, qui fouine dans le linge sale de sa nouvelle famille pour mieux y trouver sa propre place, fonctionne sans accroc notable. Le rôle de Simone est même essentiel en termes du rythme dramatique d’une histoire, où tout le monde tient à rester à couvert.
Aussi peu intégrée dans le cercle de cette famille bourgeoise et hautaine que le trublion incommode dont elle prend la défense, cette jeune femme qui risquerait de rester transparente, si ce n’était pour l’interprétation sincère d’Alexandra Maria Lara, agit à la fois par solidarité envers cet autre exclu et par une notion de décence humaine, que les Senn ont sacrifié depuis longtemps sur l’autel du maintien de leur statut social. Or, les frictions entre les riches et les pauvres, entre ceux qui tiennent les rênes de l’empire familial et ceux qui en ont été écartés, volontairement ou de force, ne paraissent pas non plus comme des béquilles scénaristiques plutôt schématiques dans le grand dessein de la mise en scène de Bruno Chiche. Car ce dernier s’applique avant tout à faire un film de qualité, et si possible dépourvu de prétentions futiles, ce que Je n’ai rien oublié est sans aucun doute.
Vu le 24 mars 2011, à la Salle Pathé François 1er