Zion et son frère

Réalisé par Eran Merav (2009)

Drame familial
Zion et son frère
Durée 80 minutes
Sortie 05/08/2009
Note 5/10

A la fin de l'été, le jeune Zion se fait piquer ses baskets toutes neuves, alors qu'il se baigne dans la mer près de son quartier populaire de Haifa. A la rentrée, il remarque les mêmes chaussures aux pieds de Salomon, un élève immigré éthiopien. Incapable de les reprendre lui-même, Zion appelle son grand frère Meir à la rescousse, qui n'hésite pas à tabasser Salomon et à le poursuivre près des rails, où les trains de banlieue passent à toute vitesse. Dès lors, Zion soupçonne son frère d'avoir accidentellement tué le voleur présumé. La relation entre les deux frères, déjà à fleur de peau dans le petit appartement qu'ils partagent avec leur mère Ilana, devient alors insoutenable.

La critique

Par Tootpadu 21/07/2009

Coïncidence de nos visionnages personnels oblige, les rapports conflictuels entre les deux frères dans ce premier film israélien ressemblent au moins partiellement à ceux dans La Bamba de Luis Valdez, revu il y a peu de temps. L'aîné séduisant et crâneur, mais aussi assez voyou, y exerce une influence lourde de conséquences sur son petit frère, qui passera le plus clair de son temps à s'affranchir de ce poids et de cette destinée toute tracée, qu'il fera mieux d'éviter. Certes, le protagoniste de ce film-ci n'affiche pas la même arrogance que Ritchie Valens, mais ses actes sont néanmoins conditionnés par l'attitude agressive, mêlée de sentiments paternels à l'état embryonnaire, de son grand frère.
Par ailleurs, Zion s'exprime avant tout à travers ce qu'il fait, comme lorsqu'il aide sans dire un mot le père de Salomon à charger les fleurs, qu'il rapporte le chien de la victime à la maison, ou bien qu'il remue le béton sur le chantier de Eli, son beau-père potentiel, bien que ce dernier lui ait déjà dit qu'il ne voulait plus rien à faire avec sa famille chaotique. Sa prise de parole finale dans le restaurant appartient alors autant au passage de l'âge d'enfant à celui d'adolescent, qu'à la révélation ou plutôt la confirmation de sa propre monstruosité, née de l'égoïsme et de l'instinct primaire de survie sociale. Car à partir du contexte précaire dans lequel il se déroule, Zion et son frère s'intéresse surtout à la bassesse sans gloire, ni attrait de l'être humain.
Toujours à deux doigts de l'abîme du misérabilisme, le récit n'arrive jamais à sublimer de quelque manière que ce soit son intrigue. L'ambivalence entre complicité et haine du rapport fraternel mise à part, la mise en scène est plutôt symptomatique des lacunes d'un premier film : à savoir un rythme rugueux et sans éclat, qui ne dispose pas encore des outils narratifs à la hauteur de ses ambitions scénaristiques. Car ce ne sont pas tant les implications morales qui font défaut à Zion et son frère, mais la capacité de les fondre dans une structure dramatique suffisamment intriguante.

Vu le 20 juillet 2009, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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