Bella gente Les Gens biens (La)

Réalisé par Ivano De Matteo (2011)

Drame
Bella gente Les Gens biens (La)
Durée 102 minutes
Sortie 16/02/2011
Note 6/10

Susanna est une psychologue qui s’occupe de femmes maltraitées. Comme tous les étés, elle s’installe pendant quelques semaines avec son mari Alfredo dans leur maison de campagne. Un jour en rentrant en voiture, Susanna aperçoit une jeune femme qui se fait frapper par un homme, à l’endroit où des prostituées venues des pays de l’est font habituellement le tapin. Interpellée par cette scène, Susanna se met en tête de vouloir sauver cette fille, en l’accueillant chez elle et en lui procurant des opportunités sociales et professionnelles, qui lui permettraient de mener une vie normale. Même si Alfredo est d’abord réticent à cette idée, il cède finalement face à l’entêtement de sa bonne samaritaine de femme.

La critique

Par Tootpadu 22/01/2011

Les bons sentiments de la bourgeoisie italienne sont savoureusement passés au crible dans ce conte moral subtilement subversif. L’initiative de Susanna est en effet des plus louables initialement, tant que son idéalisme lui permet de choyer la fille ukrainienne qu’elle a recueillie et de mettre en pratique son projet engagé. La mécanique des bons sentiments commence toutefois à s’enrayer sérieusement, dès que l’ancienne pute se mue en une femme à part entière, qui aspire à plus que les vêtements et les prévenances basiques que ses hôtes veulent bien lui accorder.
Que la bonne action de Susanna se termine si misérablement et d’une façon hélas aussi prévisible n’est nullement dû à une éventuelle duplicité de la part de Nadja, en quelque sorte le chantier idéalisé d’une psychologue frustrée. L’élément perturbateur de l’intrigue agit davantage comme un révélateur assez naïf de l’hypocrisie dont elle est tombée victime. Ainsi, Nadja répond parfaitement à l’image préconçue que l’on peut se faire de ces femmes slaves, belles et disponibles, qui se prêtent par nécessité et avec un air de résignation ambigu au rôle de proie – seulement consentante en apparence – des abus sexuels qu’on leur inflige de l’autre côté de l’ancien rideau de fer. L’intégrité du cliché de la pauvre fille à laquelle il serait criminel de ne pas venir en aide sert néanmoins à mieux procéder au démantèlement de son pendant prétendument bien intentionné. La façade de la conscience socialement et moralement irréprochable sur laquelle Susanna base son autorité tombe petit à petit en ruines, au fur et à mesure que la présence prolongée de l’intruse met en branle l’équilibre familial. Alors que l’entente avec son fils unique, qui n’en fait de toute façon qu’à sa tête, paraît corrompue depuis un certain temps, Susanna ne profite pas de sa nouvelle fille de substitution pour établir des liens familiaux plus sincères. La sérénité du carcan bourgeois est au contraire troublée par les sentiments pas toujours très nets que cette ancienne fille de joie suscite malgré elle chez les hommes, sans doute frustrés par leurs femmes trop dominantes.
La mise en scène de Ivano De Matteo sait rester suffisamment en retrait pour laisser le spectacle d’une bonne action qui tourne au vinaigre se dérouler librement. La Bella gente Les Gens biens jouit surtout d’une distribution à toute épreuve, parmi laquelle Monica Guerritore impressionne particulièrement. C’est à travers son jeu tout en finesse que la montée progressive d’égoïsme que son personnage traverse se fait jour d’une manière remarquable.

Vu le 17 janvier 2011, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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