Women are heroes

Réalisé par JR (2011)

Documentaire
Women are heroes
Durée 88 minutes
Sortie 12/01/2011
Note 6/10

Le photographe JR prend des clichés de femmes aux quatre coins du monde et affiche ces portraits parfois insolites à l’extérieur, sur des murs ou des véhicules. De la favela brésilienne de Morro da Providencia au bidonville de Kiberia au Kenya, en passant par l’Inde et le Cambodge, ces femmes se retrouvent au cœur de l’attention de leur quartier, le temps d’une exposition atypique qui associe le courage et l’endurance de ces piliers de la société à une reconquête par la culture d’un espace urbain marqué par la pauvreté.

La critique

Par Tootpadu 01/01/2011

Les femmes sont comme le ciment d’une société. En fonction de la dominance patriarcale de leur civilisation, elles remplissent un rôle dont l’importance est inversement proportionnelle aux droits et devoirs qu’elles ont acquis. Bien au delà de la simple fonction reproductive, les femmes sont souvent la source de la vie, là où l’homme affiche des propensions plus destructrices et égoïstes, voire violentes. S’il y avait encore besoin de le rappeler, on pourrait affirmer haut et fort que, oui, les femmes sont les héroïnes du quotidien. Heureusement, le photographe JR n’a pas choisi une approche qui ressemblerait aussi bêtement à une hagiographie pour son premier film. Ce dernier ne relève pas non plus du reportage social dûment documenté. Il s’agit davantage de la symbiose saisissante entre l’univers visuel et artistique du réalisateur et quelques coups de projecteur succincts sur des femmes auxquelles personne ne s’intéresse autrement.
L’immersion dans les favelas brésiliennes est d’emblée aussi fascinante que formellement discutable. Alors que nous critiquons d’habitude l’emploi abusif et gratuit du ralenti au cinéma, c’est l’effet inverse qui se produit ici, par le biais d’un accéléré systématique, qui transforme le cheminement à travers les ruelles insalubres en un simulacre de jeu vidéo. Un autre dispositif formel trouve déjà plus notre approbation : à partir des yeux de chacun de ses sujets pris en photo, le réalisateur nous dévoile ensuite son visage immortalisé dans des grimaces, avant de revenir assez brièvement sur le contexte social dans lequel ces femmes évoluent.
L’accomplissement majeur en termes filmiques de Women are heroes consiste cependant en sa capacité de poser en tant qu’œuvre d’art, tout en étant conscient de la nature éphémère de l’émerveillement esthétique. Ce double sens du documentaire surgit subtilement vers la fin, quand les affiches africaines ne sont complètes qu’en fonction de la position du train sur lequel se trouve la partie oculaire, à l’importance une fois de plus primordiale, ou lorsque les vestiges des affiches sur les quais parisiens sont enlevés sans état d’âme au kasher.

Vu le 21 décembre 2010, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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