Fix me

Réalisé par Raed Andoni (2010)

Docu-fiction
Fix me
Durée 103 minutes
Sortie 17/11/2010
Note 6/10

Le réalisateur palestinien Raed Andoni a mal à la tête. Puisque son médecin de famille ne trouve aucune cause physique à sa souffrance, Andoni accepte de commencer une thérapie auprès d’un psychologue du Croissant rouge. Pendant son traitement, il se pose des questions sur son pays et sur le rôle qu’il veut y jouer désormais, alors que son passé de militant incarcéré ne semble guère avoir porté de fruits pour la jeune génération. Son neveu Ramez, venu des Etats-Unis pour les vacances d’été, s’inspire des récits de son oncle pour son propre parcours de jeune anarchiste.

La critique

Par Tootpadu 05/11/2010

Pour les spectateurs qui n’ont jamais traversé une période de doute existentiel prolongée ou qui ne se sont jamais sentis écartés de cette énergie de vie indomptable, qui permet aux autres de foncer, le premier film du réalisateur Raed Andoni doit paraître comme un exercice en narcissisme accru, au moins aussi agaçant que Nanni Moretti qui pourchassait son cancer en scooter dans Journal intime. Heureusement, le mal physique et psychique est vite démasqué comme simple prétexte pour donner un semblant d’unité à ce film, qui a la fâcheuse tendance de se dérober aux tentatives de classification. La migraine de Raed Andoni, petit à petit seule sa mère en parle encore sur un ton moqueur, comme pour mieux signifier à son fils ce qu’elle pense de cette idée farfelue de ne faire un film que sur ce sujet plutôt mince. Entre-temps, tant de choses se sont passées et l’intrigue rudimentaire est partie dans des directions si différentes, qu’il serait mesquin de réduire la portée de Fix me à la simple auscultation d’un malade.
A plusieurs reprises, le réalisateur affirme qu’il déteste les cases et qu’il ne souhaite pas que son film rentre dans une catégorie définie d’avance. Comme ce fut déjà le cas avec Intervention divine de Elia Suleiman, l’autre produit de la cinématographie palestinienne moribonde qui avait trouvé son chemin jusque sur nos écrans, la forme et le contenu de son film jouissent d’une liberté de ton qui rend effectivement sa classification pour le moins problématique. Le malade imaginaire se laisse porter au gré des rencontres qu’il fait pendant sa longue période de convalescence et des questions existentielles que ses entretiens avec le psychologue soulèvent. Dans sa démarche pas sans mérite d’un point de vue intellectuel, Raed Antoni ne s’attend à trouver ni des réponses satisfaisantes à ses doutes, ni des solutions miracles pour le malaise persistant du peuple palestinien. C’est la beauté abstraite de l’interrogation qui prime ici sur une finalité de toute façon illusoire dans le contexte du conflit israélo-palestinien, dont les tentatives d’apaisement s’enlisent depuis des années, voire des décennies.
Par conséquent, la vision de Fix me peut contenir son lot de frustrations. Mais en même temps, il serait dommage de ne pas suivre le réalisateur dans son voyage inclassable à travers les petits drames et les grandes tragédies de son pays, dont nous ne connaissons principalement que l’aspect exacerbé par les médias de la bande de Gaza, assaillie de tous les côtés. Le regard de Raed Antoni, poétique et personnel, fait état d’une normalité toute relative en Cisjordanie, dont les séquelles du confinement sont pourtant au moins aussi douloureuses et durables que l’antagonisme aigu entre les deux fronts immuables de cette guerre larvée, qui se complaisent à se diaboliser mutuellement au lieu de chercher un compromis acceptable pour tous. Pas sûr que le doute et le découragement persistants qui s’expriment dans ce film fournissent une piste de réflexion qui mènera au salut. Mais ce documentaire aux accents fictifs contribue au moins une voix mesurée au débat parfois trop passionné sur ce sujet hélas toujours brûlant.

Vu le 27 octobre 2010, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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