Emotifs anonymes (Les)

Réalisé par Jean-Pierre Améris (2010)

Comédie romantique
Emotifs anonymes (Les)
Durée 78 minutes
Sortie 22/12/2010
Note 6/10

Angélique n’a jamais su maîtriser ses émotions, qui la submergent parfois au point de déclencher des évanouissements. Sa nature émotive l’a depuis toujours empêchée de développer pleinement ses talents de chocolatière. L’annonce d’un poste à pourvoir à la Fabrique du chocolat lui donne l’espoir d’enfin pouvoir s’épanouir dans son métier. Or, c’est d’un agent commercial que le patron Jean-René a besoin pour sauver son entreprise vénérable de la faillite. Embauchée sur le coup, Angélique décide de démissionner aussitôt, vu que son tempérament ne correspond pas du tout à son nouveau travail. L’invitation hâtive à un dîner de la part de Jean-René, lui aussi maladivement émotif et terrifié par les femmes, lui fait cependant changer d’avis.

La critique

Par Tootpadu 10/12/2010

Les émotifs, les timides, et les hyper-sensibles pourront remercier Jean-Pierre Améris de leur avoir dédié un film, qui prend leurs troubles comportementaux au sérieux, sans pour autant se moquer d’eux. Le ton comique de ce film éminemment mignon ne relativise point la sympathie que le réalisateur paraît éprouver à l’égard de ses deux personnages principaux, de véritables condensés de névroses et de peurs existentielles. Les situations incongrues ne manquent en effet pas pour émailler une intrigue, qui délaisse assez rapidement le contexte délicieux de la fabrication du chocolat pour se concentrer dès lors sur la construction chahutée d’un couple décidément mal assorti. Angélique et Jean-René se ressemblent, certes, mais dans le cas de la fragilité exacerbée de leurs sentiments, cette proximité des âmes vouerait certainement leur alliance à l’échec. Comme le dit si bien la chocolatière au génie ignoré lors d’une des nombreuses séquences de rapprochement, qui finissent presque sans exception par creuser le fossé entre les deux amoureux, la raison impose une fin de non-recevoir à cette liaison de deux handicapés de la vie.
Heureusement pour le spectateur – et in extremis également pour le couple vedette – le respect des codes du genre de la comédie romantique et la raison sont le moindre des soucis du scénario et de la mise en scène. Ils ne s’emploient nullement à une idéalisation de la gêne omniprésente, qui rend une communication ordinaire impossible pour les deux tourtereaux. Au contraire, l’observation sans méchanceté des tics de l’un et de l’autre s’apparente davantage à une célébration douce-amère de la différence. C’est parce qu’ils ne font rien comme les autres et parce qu’ils osent affronter l’armée des démons personnels qui rendent chaque ouverture vers l’extérieur si traumatisante, que les deux personnages sont tellement attachants.
Grâce au jeu très convaincant d’Isabelle Carré et de Benoît Poelvoorde, ainsi qu’à la narration délicate de Jean-Pierre Améris, ce film, qui aurait pu si facilement dégénérer en un amas de clichés sur des bêtes de foire, incapables de ressentir et d’exprimer l’amour comme il se doit dans notre civilisation hautement formatée, relève fièrement la tête à chaque nouvelle bifurcation hilarante, comme pour mieux nous encourager à vivre selon nos propres capacités affectives.

Vu le 7 décembre 2010, à la Salle Pathé Lincoln

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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