Mardi après Noël

Réalisé par Radu Muntean (2010)

Drame conjugal
Mardi après Noël
Durée 100 minutes
Sortie 08/12/2010
Note 6/10

Le banquier Paul Ranganu mène une double vie. Alors qu’il est marié avec l’avocate Adriana dont il a une fille, il a depuis cinq mois une affaire avec Raluca, la dentiste de cette dernière. Puisque sa maîtresse ne le pousse pas à quitter sa femme, Paul préfère ne rien dire à Adriana. A l’approche des fêtes de fin d’année, le mari infidèle ressent cependant que cette situation devient intenable et qu’elle l’empêche de s’épanouir avec la nouvelle femme de sa vie.

La critique

Par Tootpadu 08/12/2010

Et si le cinéma roumain était le nouveau fief du réalisme social … Les quelques films qui nous proviennent de cette cinématographie, en pleine ébullition artistique dans un contexte économique pourtant difficile, nous confortent en effet dans l’impression, que les réalisateurs de cette nouvelle vague officieuse attachent tous une importance particulière à la véracité sociale de leurs histoires. Les thèmes et l’environnement social ont beau varier de film en film, il existe une parenté de ton entre des œuvres aussi diverses que 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu, Policier adjectif de Corneliu Porumboiu, ou encore Boogie du même réalisateur que Mardi après Noël, qui puise sa force de sa sobriété. Comme dans son film précité, Radu Muntean s’applique ici à une dissection sans état d’âme de la déroute conjugale de son personnage principal. Et comme dans le cas de Bogdan, blasé par sa vie rangée, Paul respire une lassitude du quotidien, qui n’est guère atténuée par ses échappées sexuelles avec une femme sensiblement plus jeune que lui.
Si la première séquence de ce film sournoisement fascinant instaure une complicité toute relative entre Paul et Raluca, elle ne remplit pas pour autant le rôle d’une ouverture fracassante dans l’ordre dramatique global du récit. Les retrouvailles avec sa maîtresse représentent pour le protagoniste une sorte d’échappatoire de la routine de sa vie de famille, alors que cette romance clandestine a d’ores et déjà atteint le point où l’excitation initiale amenée par l’interdit a été remplacée par une autre forme d’habitude, qui passe désormais par des arrangements sur lesquels pèsent les contraintes tout à fait banales de deux emplois du temps difficiles à accorder en cette période chargée de Noël. Paul affirme à plusieurs reprises qu’il tient énormément à son amoureuse, même envers la mère de celle-ci en guise de légitimation de cette affaire indécise. Mais le ton très sobre du film, qui borde même à l’austérité émotionnelle, ne laisse guère le spectateur prendre activement part à cette folie romantique.
Les deux moments clefs de Mardi après Noël – la rencontre à l’improviste entre Adriana et Raluca et l’heure de vérité qui sonne pour le vieux couple en perdition parce que le mari adultère en a marre de jouer la comédie – procurent au mieux un soulagement passager dans le rythme posé du film. Ils s’inscrivent davantage dans le flux stoïque d’une narration, qui privilégie une impression parfois écrasante de la banalité et du réalisme, à des crises de nerfs ou d’autres coups de théâtre empruntés à la fiction, dont des réalisateurs moins consciencieux et modestes que Radu Muntean abuseraient aisément.
Nullement une révolution dans le sous-genre des drames conjugaux, ce film réussit néanmoins à nous subjuguer par son observation sans faille du point crucial du naufrage d’un mariage. Que ces événements et les personnages, qui doivent les traverser en tentant tant bien que mal de maintenir leur intégrité sociale, morale, et mentale, se refusent obstinément au pathos et à la tentation de servir d’exemple édifiant, cela ajoute curieusement à leur valeur universelle, puisqu’un tel drame familial risque d’éclater tôt ou tard le cercle jamais tout à fait préservé de chaque couple.

Vu le 30 novembre 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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