Armadillo

Réalisé par Janus Metz (2010)

Guerre
Armadillo
Durée 105 minutes
Sortie 15/12/2010
Note 5/10

Les soldats danois Mads et Daniel sont envoyés en mission en Afghanistan. Sous le regard inquiet de leurs parents et de leurs proches, ils partent pour six mois au camp avancé Armadillo, sur la ligne de front dans la province d’Helmand. Alors que les jeunes soldats appréhendent leur premier combat avec les talibans, ils sont surtout démoralisés par la routine d’une guerre, qui est censée aider la population civile, mais dont l’ennemi peut en même temps être chacun de ces hommes et femmes auxquels la troupe internationale devrait prêter main forte.

La critique

Par Tootpadu 13/11/2010

Le réalisateur Janus Metz insiste dans le dossier de presse sur le fait que le moindre aspect de son film relève du documentaire. Or, son aspect formel place Armadillo sur un terrain de métissage générique, où la catégorisation est clairement moins aisée. Le regard sur la guerre a bien sûr évolué au fil du temps. Ainsi, on observe récemment un brouillage des pistes, qui rend la distinction entre ce qui est vrai et ce qui est faux de plus en plus difficile. Ce penchant de la part des réalisateurs à laisser le spectateur dans le doute, quant à l’authenticité de ce qu’il voit, provient à la fois de la nature même du cinéma et d’un développement plus récent, qui consiste à apparenter les actes de guerre à des séquences de jeux vidéos. On se souvient tous de ces images des bombes qui détruisaient avec une précision parfaite les cibles désignées d’avance, lors de la première guerre du Golfe. Et les conflits mondiaux se déroulent désormais autant, façon guérilla, dans les rues de Bagdad et les montagnes de l’Hindu Kush, que par messages interposés d’appel au martyr de la part d’Oussama Ben Laden ou de tentatives de rassurer immédiatement la population après des attentats manqués par le président Obama. En somme, la force de l’image est de nos jours une arme de guerre au moins aussi redoutable et indispensable que les drones ou les fanatiques qui se font exploser aux endroits les plus fréquentés par leurs ennemis.
En théorie, la discussion sur l’influence indéniable de l’esthétique des jeux vidéos pour rendre la guerre simultanément plus abstraite et plus accessible pourrait mener bien loin. Mais comme toujours dans le cadre de l’appréciation des œuvres cinématographiques, ce qui compte réellement, c’est ce qui se passe à l’écran et l’effet que le récit sorti de l’imagination du réalisateur produit sur nous. Dans le cas présent, l’ambiguïté sans doute voulue, voire la disparité entre la forme et le fond de cette docu-fiction nous a paru plus déroutante que stimulante. Tandis que la narration s’emploie à attribuer une trame à finalité à peu près dramatique aux événements, en se concentrant sur deux ou trois soldats en particulier, qui deviennent par conséquent des repères d’identification au sens classique et pour lesquels on s’inquiète plus que pour les autres lors des accrochages, d’autres dispositifs formels, comme le brouillage des visages des morts ou des paysans venus solliciter l’aide financière des occupants, renvoie d’une manière plus explicite à la véracité supposée de l’histoire contée.
Il serait facile de reprocher ce trouble persistant à Brian De Palma et son Redacted Revu et corrigé, qui était un des premiers à succomber à la tentation bien dans l’air du temps de représenter la guerre non plus comme une épopée sanglante et héroïque, mais par médias interposés tel un reportage de télé, à la frontière imperceptible entre la réalité et la reconstitution. La démarche de Janus Metz se revendique certes moins d’une construction factice des faits relatés. Néanmoins, par le soin que le réalisateur apporte à la sublimation esthétique de l’image, qui n’évoque alors presque plus rien d’immédiat et de pris sur le vif, il s’approprie entièrement l’action et l’infecte en quelque sorte du virus de la fiction – ou tout au moins de la perception en tant que fiction – dont il lui est impossible de se défaire par la suite.
Enfin, la guerre en Afghanistan n’est pas non plus un sujet susceptible de soulever les émotions. Par son caractère flou et interminable, ce conflit opère presque comme l’antithèse d’une guerre à l’attrait filmique irrésistible. Alors que Kathryn Bigelow avait réussi tant bien que mal à rendre la guerre en Irak engageante, en termes cinématographiques, dans Démineurs, Armadillo a beaucoup plus de mal à tirer de cet affrontement à visage couvert autre chose qu’une leçon sur la virilité et la perversion progressive et inévitable des mœurs en temps de guerre.

Vu le 10 novembre 2010, au Club 13, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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