No et moi
Réalisé par Zabou Breitman (2010)
Drame d'adolescents
| Durée | 102 minutes |
| Sortie | 17/11/2010 |
| Note | 6/10 |
Après les cours, Lou Bertignac aime traîner à la gare d’Austerlitz afin d’y observer les voyageurs au départ et à l’arrivée. Cette jeune fille de treize ans à l’intelligence précoce y fait par hasard la connaissance de No, une marginale de dix-neuf ans qu’elle décide d’interviewer pour un exposé. De cette collaboration ponctuelle naît une amitié qui pousse Lou à participer activement à la réinsertion sociale de No, quitte à l’héberger chez elle.
La critique
Par Tootpadu 09/11/2010
Les sujets casse-gueule ne font décidément pas peur à la réalisatrice Zabou Breitman. Après avoir évoqué de façon mémorable la maladie d’Alzheimer lors de ses débuts derrière la caméra avec Se souvenir des belles choses, elle aborde un autre fléau social à travers son quatrième film. L’exclusion – comme le langage officiel se complaît à décrire le fait que notre civilisation est depuis toujours conçue pour laisser les plus démunis et les moins biens adaptés sur le carreau – fait partie de ces symptômes d’un dysfonctionnement social chronique que l’on préfère ignorer, tant qu’on n’est pas touché directement par cette forme accrue de précarité. Pour nous rendre la misère plus accessible et moins abstraite, le scénario se sert effectivement ici d’un personnage en guise de passeur : une jeune fille précoce au début de son adolescence, qui ne se laisse plus berner par le confort matériel que lui offre le foyer familial.
Comme par miracle, ses velléités de faire du bien se concrétisent, grâce au soutien de ses parents et à la complicité du beau gosse incorrigible du lycée, qui ne lui aurait sans doute jamais adressé la parole, si son action altruiste ne l’avait pas distinguée des pimbêches avec lesquelles il a l’habitude de s’entourer. Or, l’investissement de Lou dans la vie de No ne suit guère la trajectoire classique de la bonne samaritaine. D’abord, la rédemption de la fille de la rue paraît trop parfaite pour être vraie. Le côté sombre de son existence, en tant que vagabonde ou comme maillon faible d’un monde du travail impitoyable, n’est jamais montré explicitement. La narration préfère le garder comme une sorte de menace, qui s’abattrait tel une épée de Damoclès sur l’insouciance naissante des filles au moindre faux pas. Et puis, si la tentative bien intentionnée d’intégration ne fonctionne pas en fin de compte, c’est surtout à cause d’une incompatibilité fondamentale entre celle qui a déjà subi les pires atrocités du monde injuste que nous vivons tous, et celle qui commence à peine à s’y ouvrir et à se rendre compte de l’impuissance généralisée face aux inégalités. Le retour au bercail final pourrait être interprété comme le renfermement préventif d’une gamine paniquée par son premier accrochage sérieux avec le monde réel. Ou bien et même si l’échappée dans le monde de l’animation ne nous donne pas vraiment raison, ce ne serait que le premier revers sur la route longue et épineuse, qui traverse la période difficile de l’adolescence.
La description du quotidien éprouvant des personnes sans domicile fixe à laquelle No et moi s’emploie est certes saisissante, tout comme l’interprétation pleine de rage et de fureur de Julie-Marie Parmentier dans le rôle de No. Mais en même temps, ce n’est ni la première fois que cette jeune actrice nous subjugue par son attitude sauvage, ni un portrait particulièrement marquant de la vie en marge de la société. Là où ce film lucide nous interpelle vraiment, c’est par la détermination encore empreinte de naïveté de Lou de sortir sa copine improbable de l’impasse dans laquelle No a pris l’habitude de se fourvoyer elle-même encore et encore. Le jeu de Nina Rodriguez, débordant de sensibilité et d’un optimisme têtu dont seuls les enfants sont capables, constitue la révélation suprême du film. Peu importe si on la retrouve dans la catégorie du Meilleur espoir féminin à la prochaine cérémonie des Césars, son interprétation de Lou compte d’ores et déjà parmi les plus belles récompenses auxquelles on peut aspirer en tant que spectateur, dans le domaine du passage fragile entre l’insouciance enfantine et la résignation adulte.
Comme par miracle, ses velléités de faire du bien se concrétisent, grâce au soutien de ses parents et à la complicité du beau gosse incorrigible du lycée, qui ne lui aurait sans doute jamais adressé la parole, si son action altruiste ne l’avait pas distinguée des pimbêches avec lesquelles il a l’habitude de s’entourer. Or, l’investissement de Lou dans la vie de No ne suit guère la trajectoire classique de la bonne samaritaine. D’abord, la rédemption de la fille de la rue paraît trop parfaite pour être vraie. Le côté sombre de son existence, en tant que vagabonde ou comme maillon faible d’un monde du travail impitoyable, n’est jamais montré explicitement. La narration préfère le garder comme une sorte de menace, qui s’abattrait tel une épée de Damoclès sur l’insouciance naissante des filles au moindre faux pas. Et puis, si la tentative bien intentionnée d’intégration ne fonctionne pas en fin de compte, c’est surtout à cause d’une incompatibilité fondamentale entre celle qui a déjà subi les pires atrocités du monde injuste que nous vivons tous, et celle qui commence à peine à s’y ouvrir et à se rendre compte de l’impuissance généralisée face aux inégalités. Le retour au bercail final pourrait être interprété comme le renfermement préventif d’une gamine paniquée par son premier accrochage sérieux avec le monde réel. Ou bien et même si l’échappée dans le monde de l’animation ne nous donne pas vraiment raison, ce ne serait que le premier revers sur la route longue et épineuse, qui traverse la période difficile de l’adolescence.
La description du quotidien éprouvant des personnes sans domicile fixe à laquelle No et moi s’emploie est certes saisissante, tout comme l’interprétation pleine de rage et de fureur de Julie-Marie Parmentier dans le rôle de No. Mais en même temps, ce n’est ni la première fois que cette jeune actrice nous subjugue par son attitude sauvage, ni un portrait particulièrement marquant de la vie en marge de la société. Là où ce film lucide nous interpelle vraiment, c’est par la détermination encore empreinte de naïveté de Lou de sortir sa copine improbable de l’impasse dans laquelle No a pris l’habitude de se fourvoyer elle-même encore et encore. Le jeu de Nina Rodriguez, débordant de sensibilité et d’un optimisme têtu dont seuls les enfants sont capables, constitue la révélation suprême du film. Peu importe si on la retrouve dans la catégorie du Meilleur espoir féminin à la prochaine cérémonie des Césars, son interprétation de Lou compte d’ores et déjà parmi les plus belles récompenses auxquelles on peut aspirer en tant que spectateur, dans le domaine du passage fragile entre l’insouciance enfantine et la résignation adulte.
Vu le 8 novembre 2010, à la Salle Pathé Lamennais
★★★★★★☆☆☆☆
6/10