Un balcon sur la mer
Réalisé par Nicole Garcia (2010)
| Durée | 107 minutes |
| Sortie | 15/12/2010 |
| Note | 7/10 |
L’agent immobilier Marc Palestro, confortablement installé sur la Côte d’Azur avec sa femme et sa fille, a pratiquement tout oublié de son enfance en tant que pied noir en Algérie. Ses souvenirs longtemps enfouis resurgissent tout à coup, lors de sa rencontre avec une cliente, belle et distinguée, en laquelle il croit reconnaître Cathy, l’amour de son adolescence, qu’il avait dû quitter au moment de la guerre d’Algérie. Désormais, Marc est empressé de retrouver coûte que coûte cette femme énigmatique.
Les critiques
Par Mulder 25/11/2010
Ce nouveau film de Nicole Garcia a-t-il la patte des grands thrillers français des années 1980, signés par Claude Chabrol et Claude Sautet ? Il met surtout une nouvelle fois en avant la beauté majestueuse de la plus connue des actrices canadiennes, Marie-Josée Croze, et le jeu très convaincant de Jean Dujardin, loin des rôles de OSS 117 et de Brice de Nice, qui ont fait sa renommée. Ce drame conjugal sur fond de passé torturé en Algérie (enfance difficile) sert plutôt à mettre en avant une relation interdite entre un homme marié et son amour de jeunesse qu'il a dû abandonner. Nous nous laissons entrainer dans la quête du personnage principal sur l’identité vraie ou fausse de la personne aimée de son passé.
Nicole Garcia n'a pas son pareil pour croquer la classe aisée, comme ici des agents immobiliers d'une classe sociale élevée. Elle nous montre de nouveau que le cinéma français a établi sa réputation mondiale par des œuvres de cette qualité, reposant certes sur un scénario d'un classicisme établi, mais surtout montrant la vie des Français sans fioriture et à brut. Cette réalisatrice ne cherche pas à cacher l'imperfection de ses personnages. Bien au contraire, c'est cela qui fait toute leur force. Elle déploie une nouvelle fois sa qualité profonde de directrice d'acteurs et nous montre à quel point Marie-Josée Croze et Jean Dujardin sont des comédiens à part entière, capables de s'investir totalement dans leur composition.
Ce film est donc un coup de cœur de notre rédaction et nous vous encourageons à le découvrir dès sa sortie prochaine.
Vu le 26 octobre 2010, à la Salle Pathé Lamennais
Par Tootpadu 27/10/2010
Le quotidien bien rangé, mais sans passion, du personnage principal subit un choc salutaire dès la rencontre avec cette femme fatale, encore plus séduisante que dans ses souvenirs écartés par dépit amoureux. Pendant un certain temps, le récit joue alors adroitement sur l’opposition entre cette deuxième chance fantasmée, avec ses escapades idéalisées sur les plages de calanque et ses coups torrides dans des chambres d’hôtel louées au hasard des rencontres, et le quotidien plan-plan de Marc auprès d’une famille modèle, incapable de rivaliser avec cette menace romantique, plus imaginée qu’assouvie par cet homme qui se perd chaque séquence un peu plus dans les méandres de son passé, lui aussi idéalisé. Les fréquents retours en arrière, qui avaient initialement une fâcheuse tendance à nous sortir du ton poisseux des retrouvailles inopinées, se multiplient en effet au fur et à mesure que Marc se conforte dans son délire de quarantenaire en manque de sensations vives et que la véritable nature de l’objet de ses fantasmes se fait jour. Ce plongeon dans les profondeurs insoupçonnés du passé prend peut-être un peu trop de place dans la structure narrative d’un film, qui ne brille point par son rythme vigoureux. Toutefois, il devient entièrement nécessaire pour soutenir le point de vue des amoureux transis, secrètement épris de loin pour quelqu’un qui, en temps normal, ne les remarquerait même pas. Le cœur réel du récit bat dans ce sens-là, et cela d’autant plus que les deuxièmes chances reçoivent un coup de pouce un brin expéditif au moment de la conclusion de ce film plus intimiste que platement vulgaire.
Enfin, l’interprétation sert remarquablement le ton pesant, mais jamais lourd, d’Un balcon sur la mer. Sans surprise, ce sont surtout les rôles féminins qui tirent la couverture vers eux. Tandis que Sandrine Kiberlain est bien présente en tant qu’épouse exclue du sursaut vital de son mari, grâce à deux répliques et trois regards qui en disent plus long sur le désarroi de son personnage que des affrontements moins introvertis, Marie-Josée Croze se démarque par une sensualité folle, sans pour autant ignorer les aspects plus troubles de cette femme, qui s’emmêle les pinceaux à force de vouloir jouer un double, voire un triple jeu.
Vu le 26 octobre 2010, à la Salle Pathé Lamennais