
| Titre original: | Dallas Buyers Club |
| Réalisateur: | Jean-Marc Vallée |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 117 minutes |
| Date: | 29 janvier 2014 |
| Note: |
Ron Woodroof est le roi du rodéo, un vrai cowboy texan. S’il ne parie pas sur le temps que ses amis réussissent à rester en selle, il fait des conquêtes féminines, qui se soldent le plus souvent par du sexe sans lendemain. Admis à l’hôpital suite à un accident du travail bénin, Ron tombe des nues quand les médecins lui annoncent qu’il est atteint du virus VIH et qu’il lui reste à peine un mois à vivre. Au lieu de l’abattre, ce verdict sans appel a l’effet inverse sur le malade : dès lors, il se documente sur le sida, considéré encore au milieu des années 1980 comme un cancer réservé aux homosexuels et aux toxicomanes, et mettra tout en œuvre pour trouver un traitement qui retardera sa mort inéluctable.
Il y a très longtemps, j’ai entendu parler du sida. En effet, le pic de l’attention médiatique portée à ce fléau est au moins aussi ancien que ce vieux tube de Raggasonic. Depuis qu’on ne meurt plus de suite de cette maladie cruelle dans les pays qui peuvent se permettre une couverture médicale adéquate, il ne paraît plus y avoir de raison pour évoquer ce sujet au cœur de toutes sortes de polémiques dans les années 1980 et ’90. L’absence d’urgence ne doit pourtant pas nous faire oublier que d’un, on en meurt toujours en masse dans les régions les moins favorisées, et que de deux, si le cauchemar du sida a perdu beaucoup de sa force terrifiante aujourd’hui, c’est aussi grâce à l’action militante pendant cette période cruciale de la première décennie à partir de sa découverte. Après une première vague de films à la pointe de l’actualité il y a une vingtaine d’années, le cinéma s’est largement désintéressé de cette thématique, malgré tout cantonnée dans les franges de la société. Que Dallas Buyers Club y revient maintenant, alors que le regard rétrospectif a remplacé l’implication émotionnelle, est tout à son avantage pour raconter sans fioriture l’histoire édifiante de son protagoniste.
La mise en scène du réalisateur canadien Jean-Marc Vallée déjoue en effet habilement les pièges inhérents à ce genre de film, où l’issue fatale n’est qu’une question d’heures. Il suffit de voir Matthew McConaughey quasiment sur son lit de mort dès les premières minutes du film, pour penser que la route semble toute tracée pour un chantage éhonté aux sentiments, qui prévaut hélas dans ces histoires-là, au moins dans leur variante américaine. A notre grand soulagement, rien ne se passe comme prévu : le condamné à mort opère un changement de vie radical, qui ne l’amène pas vers une quiétude spirituelle – elle aussi très prisée par le cinéma hollywoodien – mais qui le pousse à donner un sens très pragmatique à sa vie. Ron Woodroof n’était point un saint, mais son combat dans l’ombre, animé sans cesse par l’envie féroce de survivre, est d’une valeur exemplaire indiscutable.
Cette dimension intérieure du personnage, sa grandeur d’âme qui ne se manifeste jamais par des effusions larmoyantes de sentiments, le récit trouve constamment le ton juste pour nous la transmettre sans forcer le trait. La sobriété notable de la narration est encore accrue par des interprétations sans faille, Matthew McConaughey et Jared Leto en tête, qui sont tous les deux en route pour l’Oscar. Ils le mériteraient précisément parce que leurs rôles ne se confondent ni dans l’apitoiement sur soi, ni dans un courage exponentiel. Ce ne sont que des hommes, profondément imparfaits, qui sont juste assez sages pour unir leurs forces, l’expertise médicale d’un côté, l’accès au monde des malades de l’autre, dans une bataille qui est loin d’être terminée. Sans fausse pudeur ni pathos, mais avec une dignité posée, ce film leur érige un monument cinématographique, qui vaut infiniment mieux que tous les contes volontaristes et sirupeux réunis.
Vu le 19 décembre 2013, à la Salle UGC, en VO
Note de Tootpadu: