Un homme qui crie

Réalisé par Mahamat-Saleh Haroun (2010)

Guerre
Un homme qui crie
Durée 91 minutes
Sortie 29/09/2010
Note 6/10

Ancien champion de natation, le vieux Adam ne vit que pour son travail de maître nageur de la piscine d’un hôtel de luxe. Il a réussi à y faire embaucher également son seul fils, Abdel, qui l’assiste dans les tâches quotidiennes autour du bassin. Alors que la guerre civile s’approche de la capitale, les postes à l’hôtel sont réduits au maximum et Adam se retrouve gardien de barrière. Pas assez de cette disgrâce sociale, il est harcelé par le chef de quartier pour contribuer, financièrement ou en donnant son fils, à l’effort de guerre.

La critique

Par Tootpadu 22/09/2010

Le quatrième film du réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun, récompensé au dernier festival de Cannes par le Prix du jury, n’a à première vue rien d’un film de guerre. Le sort du vieux maître nageur – un homme digne qui commet l’erreur de croire que l’inaction permet de résister au changement – ressemble plutôt à celui du vieux portier interprété par Emil Jannings dans Le Dernier des hommes de Friedrich Wilhelm Murnau. Son désarroi social suite à sa nouvelle affectation le préoccupe en effet bien plus que les rumeurs de l’insurrection violente et de la guerre qui gronde de loin. Malgré lui, il est rattrapé par les événements, qui le mettent face à l’évidence de la fin de sa vie tant soit peu privilégiée. Cette lucidité tardive, il la paie au prix cher, comme pour mieux indiquer qu’en temps de guerre, plus rien ne peut être considéré comme acquis.
La mise en scène donne une apparence fourbe et peu tangible à l’engrenage inévitable de la mort, qui se serre comme un étau autour de l’existence plutôt pépère d’Adam. Volontairement ignorant des signes avant-coureurs de sa défaite sociale et familiale, le personnage principal d’Un homme qui crie est justement incapable d’extérioriser ses peurs et ses frustrations. Le cri du titre, il tourne en rond à l’intérieur de cet homme réservé, qui préfère se reposer sur les lauriers de sa gloire passée, au lieu de prendre activement part au monde qui l’entoure. Le retour de bâton pour cette passivité choisie, par peur de perdre les quelques avantages qui lui permettent de vivre assez confortablement, ne se fait pas attendre. Quand Adam se décide enfin d’agir et de sortir du retranchement de sa piscine chérie où plus personne ne vient se baigner, ce sursaut ultime d’une volonté moribonde ne peut aboutir qu’à un résultat tragique.
La narration calme et mesurée relève sans souci notable le défi de rendre le personnage principal attachant, en dépit de son caractère renfermé et passablement égoïste. Le fait que les pressions qu’il subit de l’extérieur, de la part du chef de quartier, de son fils qui souhaite vivre sa propre vie, et de sa femme qui ne comprend plus rien à ce qui se passe sous son toit, ne le poussent pas à agir, mais au contraire à se retirer encore un peu plus sous la carapace de la tortue humaine qu’il est devenue avec le temps, contraste agréablement avec la philosophie bêtement volontariste qu’un film plus consensuel soutiendrait. Le but d’Un homme qui crie n’est ainsi nullement de raconter une histoire moralisatrice, mais de tenir compte, en toute subtilité et sans se limiter forcément à un contexte exclusivement africain, de la difficulté de s’adapter et de mettre en question ses choix de vie à partir d’un certain âge.

Vu le 16 septembre 2010, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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