Entre nos mains

Réalisé par Mariana Otero (2010)

Documentaire économique
Entre nos mains
Durée 90 minutes
Sortie 06/10/2010
Note 6/10

Au printemps 2009, l’entreprise Starissima, située près d’Orléans et spécialisée dans la lingerie féminine, est en faillite. Ses salariés étudient alors la possibilité de reprendre l’activité à leur compte, sous forme d’une société coopérative et participative. Appelée à s’investir aussi financièrement dans l’entreprise, à hauteur minimale d’un salaire mensuel, la cinquantaine d’employés suit avec un enthousiasme grandissant la constitution du dossier de la Scop, qui doit passer devant le juge au mois de juillet.

La critique

Par Tootpadu 22/09/2010

Par les temps qui courent, on ne compte hélas plus le nombre de salariés mis au chômage, pour permettre dans le meilleur des cas à leur entreprise de survivre dans le contexte d’une compétitivité accrue par la crise qui s’installe. A moins de connaître personnellement quelqu’un qui serait touché par ce fléau social, nous avons forcément du mal à mettre un visage sur les chiffres alarmants, qui défilent chaque soir ou presque avec une régularité consternante au journal télévisé. Le deuxième documentaire que la réalisatrice Mariana Otero tourne pour le cinéma, après l’infiniment plus personnel Histoire d’un secret, remporte presque accessoirement le défi, en nous rendant petit à petit complices de l’élan collectif pour sauver l’entreprise.
Au début, le sort de cette société mise en difficulté, à la productivité de toute évidence guère exceptionnelle, ne nous importe pas. Le rythme de travail mesuré des employés – ou au moins ce qui en transparaît dans le documentaire – nous donne plus l’impression d’être l’agonie d’une fin de cycle qu’il ne témoigne de leur volonté d’aller de l’avant et de prendre activement part à l’avenir de leur boîte. La réalisatrice ne cherche nullement à transformer à tout prix cette réserve initiale en un investissement émotionnel, à coup de confessions douloureuses ou d’effusions de larmes provoquées par l’incertitude existentielle des employés. Elle se contente de filmer ces derniers dans l’exercice de leur travail, en discutant lors des réunions du personnel sur les décisions importantes qu’ils sont invités à prendre, et d’une façon anecdotique, pendant la pause déjeuner. La vie privée de ces héros des temps modernes proprement chaplinesques ne rentre pas plus en jeu que leur relation avec le patron, hostile à la Scop, qui n’a pas souhaité apparaître à l’image.
Pourtant, la sobriété avec laquelle Mariana Otero pose le regard de sa caméra sur les différents niveaux hiérarchiques, dont les plus modestes ne comprennent leur démarche commune que d’une manière instinctive, arrive sans mal à nous subjuguer. Même si le côté sombre de la réalité impitoyable du marché finit par prendre le dessus à la fin, le petit numéro musical qui clôt le film nous rappelle avec tendresse qu’il est parfois plus important de se battre, que de remporter la victoire.

Vu le 14 septembre 2010, au Club de l'Etoile

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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