Fly-by-Night
Réalisé par Robert Siodmak (1941)
| Durée | 74 minutes |
| Sortie | 30/11/1941 |
| Note | 6/10 |
Par une nuit d’orage, Taylor, l’assistant du célèbre chimiste professeur Langner, s’évade d’un sanatorium où il avait été retenu, parce qu’il en savait trop sur le G-32, la nouvelle invention du scientifique. Sur la route, il prend en otage le docteur Geoffrey Burton, un interne dont la voiture était tombée en panne, et le suit jusque dans sa chambre d’hôtel. Une fois mis au courant de l’histoire abracadabrante du fugitif, Burton a du mal à le croire, mais Taylor meurt assassiné avant que le médecin ne puisse y voir plus clair. Confondu sur place par la police et par conséquent soupçonné du meurtre, Burton doit à son tour prendre la fuite. Il se réfugie dans la chambre de la belle Pat Lindsey, qu’il oblige de le suivre, afin de prouver son innocence et de dévoiler le secret du mystérieux G-32.
La critique
Par Tootpadu 24/05/2010
L’établissement d’un ton sombre et menaçant ne dure en effet que le temps de camper le décor et les enjeux rudimentaires de l’intrigue. Une fois que le vaillant protagoniste devra s’en sortir seul face à la meute des policiers méfiants et des hommes de main violents, il aura un humour plutôt bon enfant comme principal allié. L’intrigue policière passe alors à l’arrière-plan, au profit des chamailleries entre le héros et sa compagne d'infortune. Grâce au charme des deux têtes d’affiche, Nancy Kelly et Richard Carlson, ce détournement scénaristique se déroule dans les meilleures conditions et confère une légèreté au récit, qui rapproche ce film plus de l’esprit joyeusement aventurier de La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock que des pamphlets de propagande à l’ennemi clairement désigné, qui allaient abonder dès l’entrée en guerre des Etats-Unis. Ici, le devoir patriotique se limite encore, ironiquement, à quelques sous-vêtements bien dans l’air du temps, que Pat refuse catégoriquement. Quant au méchant dans l’histoire, il arbore certes un accent aux tonalités clairement germaniques. Mais les victimes dans cette sombre affaire sans conséquences font de même, ce qui en dit sans doute plus long sur le coup de pouce que le réalisateur a voulu donner à ses compatriotes déracinés, ainsi que sur sa prédilection notable pour les personnages aux accents faussement révélateurs, comme par exemple la Française dans Fin de saison ou la réfugiée tragiquement enceinte dans Les Rats, que sur des tendances anti-nazi précoces.
Le divertissement sans arrière-pensée prime en effet dans Fly-by-night, où un mariage à l’improviste ou la brûlure involontaire d’un mégot font plus pour faire avancer l’action que le dispositif de base, qui avait déclenché cette chasse à l’homme guère haletante. D’un point de vue générique, on pourrait donc considérer ce film comme impur, puisqu’il tente sans cesse le grand écart entre la comédie romantique et le thriller d’espionnage. Ce serait par contre prendre trop au sérieux un film de commande exécuté avec beaucoup d’adresse, dont la durée assez courte ne connaît pas le moindre temps mort, grâce à cette juxtaposition astucieuse d’influences. C’est du cinéma d’évasion de premier ordre, fait par un réalisateur qui transmettait peut-être à travers ce film son soulagement d’avoir échappé in extremis - et pas aussi gaiement que le héros dans un pétrin semblable - à ses persécuteurs nazis.
Vu le 23 mai 2010, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO