A cinq heures de Paris

Réalisé par Leon Prudovsky (2010)

Drame romantique
A cinq heures de Paris
Durée 91 minutes
Sortie 23/06/2010
Note 6/10

Yigal a peur des avions. Ce chauffeur de taxi divorcé souhaite néanmoins vaincre sa phobie, afin de pouvoir accompagner son fils Assafi à Paris pour sa bar-mitzvah. Yigal est convoqué par Lina, la prof de musique de son fils, parce que ce dernier sèche les cours. Pour lui éviter des sanctions, Assafi sera désormais obligé de participer à la chorale de son lycée, également animée par Lina. Conscient de l'emploi du temps chargé de son fils, Yigal vient le chercher toutes les semaines après les répétitions pour l'emmener ensuite au tennis. Il profite de ce rendez-vous régulier pour se rapprocher de Lina, dont il est tombé amoureux, mais qui s'apprête à suivre son mari Grisha au Canada.

La critique

Par Tootpadu 20/05/2010

Les plus belles histoires d'amour sont celles, dont l'issue est incertaine et dont le déroulement est rendu hautement imprévisible par l'absence d'un prince charmant. Yigal, le protagoniste de ce premier film israélien, n'a effectivement pas grand-chose d'un séducteur fringant. Sa passivité manifeste le prédestine même à être le jouet involontaire des lubies des autres. Que ce soit le projet de monter une entreprise de transport dont rêve Gershon, le nouveau mari de son ex-femme, ou bien les ruses de ses clients pour ne pas devoir régler la course, ce quarantenaire se fait constamment avoir, sans que cette position sociale défavorable n'ébranle son calme. Hanté par ses peurs et ses doutes quant à l'échec de son mariage, Yigal tente vaillamment d'avancer et de sortir de l'impasse existentielle dans laquelle il se trouve, presque malgré lui. Il fait l'effort de consulter un psy pour élargir indirectement son horizon, qui se limitait jusqu'à présent à la distance qu'il peut parcourir avec son taxi dans la banlieue de Tel Aviv. Son humour juvénile, symbolisé en toute légèreté par le plan des pilotes aux lunettes de soleil, et son amour pour la musique mélancolique de Joe Dassin lui permettent en outre d'envisager à peu près sereinement un quotidien sans éclat, et sans perspectives.
Sa rencontre avec Lina ne se traduit pas par une poussée d'euphorie, qui le transformerait subitement en surhomme, prêt à tout par amour. Le ton que le réalisateur Leon Prudovsky a choisi pour son premier film est bien trop délicat pour permettre un tel changement de vitesse brutal. Le doute et l'hésitation persistent par conséquent dans cette histoire, découpée plutôt arbitrairement en trois chapitres. En dépit de toutes ses maladresses, ou peut-être justement parce qu'il affiche une plus grande sensibilité que Grisha, Yigal réussit à séduire Lina. Mais leur relation, plus amicale que sentimentale à proprement parler, est en sursis : elle dépend de facteurs sur lesquels les amoureux timides n'ont aucune influence.
C'est justement ce flottement dans l'incertitude qui rend A cinq heures de Paris aussi charmant. Condamnée d'avance par le retour inévitable du mari, la romance entre Lina et Yigal s'inscrit en toute modestie dans la lignée des films sur l'amour impossible, dont Brève rencontre de David Lean est probablement l'exemple le plus accompli. L'attitude indécise des personnages renforce alors subtilement leur dimension humaine, marquée ici par l'imperfection et l'impuissance face à une situation inextricable. Si la narration peut s'avèrer parfois un peu approximative dans la gestion du flux temporel du récit, elle sait par contre conclure cette histoire douce-amère sur une note finement désespérante.

Vu le 18 mai 2010, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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